(fr) L'objet de cette thèse a sa source dans un constat, celui de l'importance de la perception sensorielle et plus spécifiquement visuelle et auditive dans l'évangile de Jean, doublé d'une interrogation quant à l'emploi de différents verbes pour exprimer une même notion, celle de "voir". Il s'agit donc d'une interrogation sur la langue de ce texte, qui a déjà suscité quelques travaux (notamment ceux de E. A. Abbott) et d'une étude de cette dernière dans l'expression de "voir" et "entendre". Notre démarche est de partir du texte et uniquement du texte. Ainsi, pour chacune de ces notions—"voir" et "entendre"— il s'agit de procéder à l'inventaire et au classement morphologique et syntaxique des différentes formes verbales, nous inspirant largement en cela de la méthode d'Yves Duhoux; puis d'analyser ces formes dans leur contexte prenant en compte leurs valeurs aspectuelles et temporelles. Enfin, une analyse dépendancielle selon la méthode de L. Tesnière permettra de repérer une distribution sémantique à partir de la valence verbale. L'ensemble de ces éléments, mais plus spécialement l'analyse dépendancielle mettent en évidence l'importance de la participation du sujet à l'action verbale comme élément déterminant dans le choix du verbe lié à un type de valence particulier. Si, pour ces deux types de perception, notre démarche est la même dans l'étude des verbes qui les expriment, il existe cependant une différence importante entre "voir" et "entendre": alors que plusieurs radicaux assument la notion de voir, un seul radical prend en charge celle d'entendre. Pour la notion de "voir", l'examen des deux présents de l'indicatif— ble,pw et qewre,w— met en évidence une spécialisation d'emploi pour ble,pw qui est le seul à être employé de façon absolue et à pouvoir ainsi rendre la faculté de voir. Le chapitre 9 s'avère déterminant pour comprendre la charge sémantique assumée par ble,pw qui, en emploi absolu, devient apte à rendre le voir symbolique et qui, d'autre part, traduit également une participation du sujet que nous qualifions de "réceptive". Le verbe avkouw peut régir le génitif ou l’accusatif. Le génitif désigne classiquement les personnes, l’accusatif les objets inanimés. L’étude de ce verbe dans Jean révèle une spécialisation d’emploi qui lui est propre avec les termes qui désignent la voix ou les paroles. Le chapitre 10 donne un contenu clair à « entendre la voix » qui situe le sujet dans une réceptivité totale. La même réceptivité est mise en évidence avec la parole de Jésus, cette fois à l’accusatif. On pourrait dire qu'en ce qui concerne la vision et l’audition, c’est la réceptivité du sujet à la parole divine exprimée dans l’action et la parole de Jésus qui détermine l’organisation du système des verbes de perception visuelle et auditive.