Sur un prétendu idéalisme linguistique du second Wittgenstein

(2010) Revue philosophique de l’université de Franche Comté — p. 17-52 (NaN) (2010)

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La philosophie de Ludwig Wittgenstein est habitée de part-en-part par le langage. Selon lui c'est dans le langage, dans sa logique interne, que se nouent et se dénouent les problèmes philosophiques. En cela, Wittgenstein se démarque d'une certaine conception traditionnelle de la philosophie selon laquelle l'objet de cette dernière serait avant tout les phénomènes du monde, et plus spécifiquement leur essence, c'est-à-dire leur nature profonde. Mais, partant ainsi du langage et de ses règles pour résoudre ou plutôt dissoudre les problèmes métaphysiques, Wittgenstein peut avoir l'air de se désintéresser des phénomènes et de ne traiter les problèmes philosophiques que dans le cadre d'un système de signes et de conventions propres à un mode de pensée ou à ce qu'il appelle une « forme de vie » donnés. Autrement dit, en affirmant que « l'essence est exprimée par la grammaire », c'est-à-dire que c'est au sein de nos modes de pensée manifestés dans le langage et dans nos usages du langage qu'il faut chercher à découvrir l'essence des choses, Wittgenstein semble adopter une posture qui pourrait s'apparenter à une forme d'idéalisme. Cet idéalisme considèrerait que le langage est la seule structure à travers laquelle nous pouvons appréhender le monde et que par conséquent nous ne touchons jamais la véritable réalité du monde, mais nous sommes prisonniers des catégories linguistiques à travers lesquelles nous l'appréhendons : la seule essence que nous pourrions connaître est celle qui est dictée par les usages corrects de notre langage. Certaines lectures de la seconde philosophie de Wittgenstein en font ainsi un idéalisme linguistique. Cette article soutient qu'un tel idéalisme ne peut pas avoir de sens car il suppose la possibilité d'un langage clos sur lui-même, sans critères de signification externes. Or, la détermination de la signification de n'importe quel concept requiert un accord dans le jugement qui ne peut avoir lieu que sur fond de monde, c'est-à-dire de quelque chose sur lequel fonder objectivement cet accord.
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Aucouturier, V. (2010). Sur un prétendu idéalisme linguistique du second Wittgenstein. Revue philosophique de l’université de Franche Comté, 17-52 (NaN). https://hdl.handle.net/2078.5/188844 (Original work published 2010)