Les modèles de distribution d'espèces permettent d'expliquer ou de prédire, à diverses échelles spatiales, la présence ou l'abondance des espèces sur base de variables quantifiant les conditions environnementales. Ces modèles constituent des outils précieux en écologie et en biogéographie, et deviennent de plus en plus répandus en biologie de la conservation pour la mise en place de mesures de protection de l'environnement ou de gestion des populations. Actuellement, la majorité des techniques de modélisation utilisées néglige une double problématique importante: divers facteurs peuvent en effet (1) amener certains individus à occuper des conditions environnementales non favorables et/ou (2) rendre certains sites favorables non occupés. Cette thèse propose des améliorations conceptuelles et techniques aux méthodes de modélisation existantes afin de tenir compte de cette problématique. Étant faciles à recenser et largement reconnus comme indicateurs de la qualité de l'environnement, les oiseaux s'avèrent être des organismes idéaux pour la modélisation. Ce travail étudie en particulier les exigences en termes d'habitat pour la pie-grièche écorcheur (Lanius collurio L.) dans les paysages agricoles du sud de la Belgique. Une approche de modélisation basée sur le paradigme de la niche écologique a tout d'abord été mise au point dans le but de s'affranchir du problème des sites favorables inoccupés. Dans un deuxième temps, une procédure statistique a permis de filtrer les individus présents dans des conditions non favorables. Des données sur le succès reproducteur de la pie-grièche écorcheur ont validé le fondement écologique de ce type de filtrage pour cette espèce. Des analyses spatiales ont alors révélé que la présence d'individus dans des conditions environnementales non favorables était liée à la présence d'autres individus à proximité. Ces résultats ont permis d'aboutir au constat que le découplage entre la qualité des habitats et leur occupation par l'espèce était structuré dans l'espace. Il a alors été jugé important d'améliorer techniquement les méthodes de modélisation actuelles afin de permettre une dissociation entre la modélisation de la qualité des habitats et celle de la distribution potentielle des espèces. Ces améliorations ont permis (1) de classer les différentes composantes de l'habitat par ordre d'importance pour la conservation de l'espèce et (2) de délimiter géographiquement les sites favorables ainsi que les sites de présence potentielle de l'espèce. Les ressemblances et dissemblances entre ces deux délimitations ont mené à l'identification, dans le paysage, des sites requérant des mesures de protection et/ou de restauration.
Titeux, N. (2006). Modelling species distribution when habitat occupancy departs from suitability : application to birds in a landscape context. https://hdl.handle.net/2078.5/124129