« Il ne leur manque que la parole ». Cette expression est fréquente chez ceux qui ressentent pour les animaux une véritable affection et complicité. Ne pourrions-nous pas retourner ce constat et reconnaître qu’il nous manque parfois la parole pour parler de manière juste et assurée des animaux ? En lisant les nombreux articles de cet ouvrage, vous vous apercevrez que des mots ont été choisis, non pas au hasard, mais à partir de témoignages dont des extraits sont eux aussi proposés à votre lecture. Nous avons voulu que l’expérience décrite par celles et ceux qui ont été interrogés, constitue le « corpus » à partir duquel des questions devaient émerger. Il nous a permis d’entrevoir une certaine complexité repérable également dans la manière dont chaque auteur construit ensuite son propos. à un moment ou à un autre du déroulement de sa réflexion est souvent suggéré un « oui, mais… ». Cette réserve n’est pas là pour contredire ce qui aurait été précédemment posé, ni seulement pour en souligner les limites, mais pour en exprimer la complexité interne. C’est au lecteur maintenant d’entrer dans cette approche paradoxale et de dépasser les clivages si souvent repérables lorsqu’il s’agit de se risquer soi-même à une parole personnelle sur les animaux. Un tel cheminement peut être de nature spirituelle et atteindre jusqu’à l’intime de l’expérience croyante. Le lecteur habituel des Documents Épiscopat sera peut-être un peu dérouté devant le nombre important de personnes ayant contribué à ce numéro. Cette moisson de textes traduit bien la volonté d’une approche diversifiée mais cohérente de la thématique choisie. Cette option rédactionnelle indique que la bonne conclusion de la recherche doit rester, pour l’heure, à l’étape du polyèdre, cette fameuse forme géométrique capable d’illustrer une pensée en expansion, certes correctement délimitée, mais s’enrichissant de la pluralité des réflexions et des expressions. La question animale suscite bien des passions et des violences, qu’elles soient verbales ou physiques. L’actualité nous en donne de bien tristes exemples. Il n’est pas surprenant que l’Église soit elle-même prise à parti et questionnée au sujet de son regard sur les animaux, sur ce qui est permis, interdit, souhaitable, condamnable, horrible, acceptable, etc.