La deuxième partie de notre travail concerne l’effet inhibiteur du cancer sur l’immunité humorale. La synthèse d’immunoglobulines spécifiques anti-A60 a été mesurée chez les souris sensibilisées à l’A60 et développant une tumeur EMT 6. Dans ces souris, la synthèse d’IgG anti-A60 s’amorce normalement, mais elle diminue brusquement une semaine après l’inoculation de cellules cancéreuses pour atteindre, deux semaines plus tard, le niveau de base. Par contre, chez les souris ne développant pas de tumeurs, la courbe de synthèse des IgG anti-A60 se superpose à celle du groupe de référence (animaux recevant l’A60 mais pas les cellules EMT 6). Dans une étude complémentaire, nous avons observé que ‘l’implantation du cancer au moment où la synthèse d’IgG anti-A60 a atteint son niveau maximum n’est pas suivie par la chute d’IgG observée lors de inoculation précoce de cellules cancéreuses. Nous avons remarqué que, après contact in vitro avec des cellules EMT 6, la prolifération des cellules B spléniques est significativement réduite, alors qu’une diminution de leur production d’anticorps ne peut être démontrée (résultats non publiés). Ces observations indiquent que les cellules tumorales n’exercent pas d’action inhibitrice majeure sur les fonctions des cellules B. Toutefois, nous avons remarqué qu’un contact transitoire avec des cellules EMT 6 in vitro réduit fortement la prolifération de lymphocytes T spécifiques (issus des ganglions lymphatiques de souris injectées avec l’A60) ainsi que leur capacité d’induire l’expansion clonale des cellules B. Il en découle que les cellules tumorales exercent plutôt un effet indirect sur les cellules B, par l’intermédiaire des lymphocytes T activateurs. <BR> Au niveau moléculaire, l’altération du système immunitaire humoral induite par le tumeur EMT 6 a été étudiée par l’analyse de la production des cytokines interleukine-2, interféron-γ et tumor necrosis factor-α in vivo et in vitro. Dans le sang des souris immunisées avec l’A60 on enregistre des taux élevés d’interleukine-2 qui disparaissent progressivement lors du développement tumoral. En présence d’A60, les cultures lymphocytaires hématiques et lymphatiques de souris immunisées produisent des concentrations élevées de cette même cytokine, qui diminuent sensiblement suite à la co-incubation des lymphocytes avec les cellules EMT 6. On peut en conclure que les cellules cancéreuses, en inhibant la synthèse d’interleukine-2 par les cellules T, bloquent la prolifération clonale des lymphocytes B et, donc, la production d’immunoglobulines. <BR> La conclusion de cette deuxième partie est donc la suivante. Le développement d’une tumeur EMT 6 produit un effondrement de l’immunité humorale lorsque l’inoculation de cellules tumorales suit de près celle d’A60. Cet effondrement n’apparaît pas, au moins à moyenne échéance, lorsque les cellules tumorales sont injectées après que la réponse humorale secondaire soir bien développée. Nous proposons donc qu’une action indirecte des cellules tumorales sur les lymphocytes B ; s’exerçant par l’intermédiaire des lymphocytes T helper, et de la production d’interleukine-2 par ces cellules, soit l’effet dominant du cancer sur le système immunitaire humoral. <BR> Dans la troisième partie de notre travail, les altérations de l’immunité cellulaire produites par le cancer on été mises en évidence par des réactions d’hypersensibilité retarde chez les souris traitées à l’A60, inoculées avec des cellules EMT 6 et porteuses de tumeurs. Cette étude montre un effondrement progressif de l’immunité à médiation cellulaire, à partir de la deuxième semaine du développement tumoral. A la fin du deuxième mois, les réactions d’hypersensibilité retardée contre l’A60 n’étaient plus décelables. Les réactions d’hypersensibilité retardée sont des phénomènes complexes dus à l’interaction de multiples lignées cellulaires, surtout des lymphocytes T et des macrophages, à une modification de la vascularisation des tissus, et à la production de plusieurs médiateurs. Chez les souris développant une tumeur, nous avons observé (en parallèle avec un déclin des réactions d’hypersensibilité retardée) une disparition progressive de lymphocytes T répondant à l’A60 et des macrophages activés par l’injection d’A60. Toutes les fonctions spécifiques des macrophages activés sont supprimée après incubation avec des cellules EMT 6, qu’il s’agisse de la cytolyse de cellules tumorales ou de la production de radicaux d’oxygène ou de NO2, indiquant que les cellules tumorales exercent un effet direct sur les macrophages. D’autre part, les expériences de transfert adoptif ont clairement montré que les macrophages seuls, quoi qu’augmentant le temps de survie, ne confèrent pas de protection anti-tumorale aux souris receveuses irradiées. Les cellules tumorales peuvent donc interférer avec le processus d’activation des macrophages par les lymphocytes T. En effet, lorsque l’activation des macrophages est promue par des lymphocytes T incubés avec des cellules EMT 6, l’action cytolytique des macrophages est fortement diminuée. <BR> Les bases moléculaires de l’action inhibitrice exercée par le cancer sur l’immunité cellulaire ont été analysées par des expériences in vivo et in vitro de titrage de cytokines. Les niveaux hématiques d’interleukine-2 et d’interféron-γ se sont montrés très élevés après l’injection d’A60 et sont suivis d’une chute suite au développement tumoral. La synthèse de ces deux cytokines a été stimulée par l’A60 dans els cultures lymphocytaires, mais aussi dans les cellules EMT 6. Un phénomène identique a été observé avec la production de tumor necrosis factor-α, non seulement dans les cultures lymphocytaires, mais aussi dans les cultures de macrophages. Puisque l’interleukine-2 prend part à l’activation des lymphocytes T (particulièrement des types natural killer, lymphokine-activated killer et lymphocytes T cytolytiques), que l’interféron-γ active les macrophages, que le tumor necrosis factor-α agit sur les cellules tumorales et que les macrophages activés causent la cytolyse des cellules tumorales, nos expériences dévoilent la stratégie employée par la cellule cancéreuse pour échapper à la surveillance immunitaire et à l’action anti-tumorale de l’A60. <BR> Nous concluons, de cette troisième partie, que l’anergie de l’immunité cellulaire qui se manifeste pendant la croissance tumorale est causée d’une part par une inhibition directe de l’activité des macrophages par les cellules tumorales et d’autre part par une action indirecte : l’inhibition des cellules T activatrices des macrophages à travers l’inhibition de la production d’ienterleukine2 et d’interféron-γ <BR> Dans notre travail, l’A60 a été employé avec succès pour réaliser une immuno-prophylaxie du cancer expérimental, en association ou non avec d’autres substances anticancéreuses. L’action prophylactique de l’A60 sans adjuvant indique que ce complexe immun pourrait être utilisé en thérapie humaine. L’activation de cellules cytolytiques, principalement les macrophages et secondairement les lymphocytes T cytolytiques, par l’induction de la production de cytokines à effet anti-tumoral indirect (interleukine-2 et interféron-γ), et la production de cytokines à effet direct, principalement le tumor necrosis factor-α, paraissent être les mécanismes par lesquels l’A60 induit une protection contre la croissance tumoral. <BR> D’autre part, les réactions immunitaires déclenchées par l’A60 ont servi à explorer l’anergie induite par le cancer. L’effondrement de la réponse humorale est attribué surtout à une action indirecte de la tumeur, ou de ses produits, sur les cellules B par l’intermédiaire des lymphocytes T helper. L’affaiblissement progressif de la réponse à médiation cellulaire s’est montré lié à une inhibition directe des fonctions du macrophage activé, ainsi qu’à une interférence avec le processus d’activation des macrophages. L’effondrement des deux parties du système immunitaire est dû à l’inhibition de la production de cytokines (interleukine-2, tumor necrosis factor-α et interféron-γ) induite par les cellules tumorales ou leurs produits. <BR> Des expériences de typages de cellules chez les souris traités à l’A60 et développement ou rejetant une tumeur EMT 6 sont actuellement en cours. Elles pourraient préciser davantage le rôle des différentes cellules du système immunitaire dans les phénomènes qui font l’objet de ce travail
Affiliations
UCLouvainMD/MED/MIGE/GEMO - Unité de génétique moléculaire
Citations
APA
Chicago
FWB
Maes, H. (1995). Prevention of cancer development by the antigen 60 mycobacterial complex and of cancer-promoted inhibition of immune reactions. https://hdl.handle.net/2078.5/111455