(fr) Structure de la thèse Trois parties composent la trame de cette recherche ; les deux premières portent plus spécifiquement – quoique non exclusivement – sur les « idées », tandis que la troisième se focalise davantage sur les « intérêts ». La première partie, intitulée « La coopération : une histoire d’idées, une histoire sociale », est centrée sur l’étude de la construction de l’identité coopérative à travers l’histoire intellectuelle et l’évolution des idées qui ont accompagné l’émergence des coopératives à partir de la première moitié du XIXe siècle. Nous avons essayé d’analyser l’aventure intellectuelle du parcours de l’utopie écrite et de l’utopie pratiquée par l’examen des idées et des réalisations des principales personnalités qui ont porté l’utopie au stade d’expérimentation, puis de consolidation (chapitre 1). Dans le premier chapitre de la première partie, une attention particulière est portée à la réflexion marxiste, qui a toujours entretenu une relation profonde mais ambivalente avec le mouvement coopératif. Une autre section spécifique est consacrée aux théories économiques et à leur influence sur la légitimité des entreprises coopératives. Après cette histoire « intellectuelle », nous présentons l’histoire sociale qui a accompagné l’institutionnalisation du mouvement coopératif au niveau international pour arriver, en 1895, à la fondation de l’Alliance Coopérative Internationale (chapitre 2). Au cours du siècle passé, à trois reprises (en 1937, 1966 et 1995), l’Alliance Coopérative Internationale a reformulé, en termes plus compréhensibles pour l’époque et à la lumière des pratiques qui se développaient à travers le monde, les principes qui constituent le fondement de l’action coopérative. Il nous a semblé important de montrer que ces étapes coïncident avec des moments précis de transition et avec des crises géopolitiques et économiques globales. La deuxième partie de la thèse, intitulée « Le solidarisme chrétien, une des sources du coopérativisme », développe l’analyse d’une des sources d’inspiration – souvent méconnue - du mouvement coopératif, à savoir le solidarisme chrétien. Il existe en effet, selon nous, une certaine « coïncidence doctrinale » entre les principes coopératifs et les principes de la doctrine sociale de l’Église - ce que nous avons essayé d’approfondir et de démontrer. Nous l’avons fait en examinant plusieurs aspects : tout d’abord, la signification et la nature de la doctrine sociale de l’Église (chapitre 3) ; ensuite, les déclarations du Magistère de l’Église catholique, en particulier à travers les encycliques sociales, de Rerum Novarum, de Léon XIII, en 1891, à Laudato si’, du pape François, en 2015 (chapitre 4). L’étape suivante a consisté à montrer comment, concrètement, les principes de la doctrine sociale se conjuguent avec les pratiques coopératives dans les législations et les expériences concrètes de certains pays (chapitre 5). Enfin, nous avons voulu présenter l’action d’un certain nombre des figures marquantes de l’histoire coopérative, toutes liées d’une manière ou d’une autre à l’inspiration chrétienne (chapitre 6). Ce dernier chapitre de la deuxième partie montre que l’implication des chrétiens en général et de l’Église catholique en particulier dans la promotion des coopératives n’est pas seulement une question de discours et de documents, mais qu’elle est également bien ancrée dans des actions concrètes. Elle témoigne aussi, une fois encore, de l’importance du rôle des idées et de la religion. Dans la troisième partie, intitulée « Les coopératives : réseaux d’entreprises, groupes d’intérêts, acteurs politiques », nous commençons par mettre en évidence l’intensité inédite des prises de positions officielles d’organisations internationales de premier plan, au cours des deux dernières décennies, en faveur du modèle coopératif, de ses principes comme de ses pratiques (chapitre 7). Cependant, et en dépit de ce foisonnement d’initiatives en faveur des coopératives, les signaux qu’envoie le monde politique sont plutôt contradictoires, ce qui nous amène à réfléchir à l’importance, pour les coopératives, de s’organiser en réseaux, en organisations syndicales, en confédérations, en groupes de pression, afin d’être mieux équipées pour jouer pleinement un rôle de groupe d’intérêts et promouvoir les principes et pratiques coopératifs (chapitre 8). L’analyse détaillée de trois expériences nationales (France, Royaume-Uni, Italie) nous permet d’identifier trois modèles différents d’organisation pour les associations coopératives et de parcourir l’itinéraire, pas toujours linéaire, qui a vu la construction progressive d’une organisation coopérative au niveau européen. L’objectif de cette comparaison consiste également à essayer de discerner d’éventuelles lignes de conduite qui permettraient de guider l’organisation d’une présence plus significative des coopératives au niveau le plus stratégique pour l’avenir, à savoir le niveau européen. Paradoxalement, comme on l’aura observé dans le chapitre 7, le niveau supérieur (mondial), par le biais des grandes institutions internationales, semble quant à lui avoir déjà manifesté une reconnaissance sans faille des coopératives. Cet examen des expériences nationales est également alimenté par une mobilisation de la littérature politologique sur les groupes d’intérêts, qui nous permet d’approfondir la comparaison des différents modèles nationaux (chapitre 9).
Affiliations
USL-BCReSPo - centre de recherche en Science Politique