Le dispositif CityDev et la transformation des quartiers populaires centraux de la Région de Bruxelles-Capitale par le subventionnement de logements pour les classes moyennes et supérieures

(2016) 2e Biennale de la sociologie de l’urbain et des territoires « Inégalités sociales et inégalités spatiales (2000‐2016) : explications sociologiques » — Location: Toulouse (28.September.2016)

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Cette communication interroge la contribution d'un dispositif de la politique du logement à Bruxelles dans la répartition des populations sur ce territoire : le dispositif CityDev. La dualisation de la Région de Bruxelles-Capitale, entre ses anciens quartiers industriels, populaires et multiculturels, situés au coeur de la ville, et les quartiers aisés et aérés de son cadrant sud-est, est un phénomène qui tend à s’accroître depuis les années 1990 (Willaert/Debossere, 2005). Pour tenter d’y remédier et de répondre à l’injonction de « mixité sociale », notamment, l’opérateur parapublic CityDev est chargé depuis 1989 par les autorités régionales d’initier une émulation d’investissements immobiliers privés à destination des « ménages moyens » dans les quartiers en déficit de constructions résidentielles, principalement les quartiers centraux populaires. CityDev soutient des investisseurs pionniers par l’octroi de subventions qui permettent de mettre les logements produits à la vente à des prix conventionnés, 30% inférieurs au marché. Dans les faits, le plafond de revenu fixé à plus de 59.000 €/an pour une personne isolée – soit près du triple de celui permettant d’accéder au logement social – permet aux ménages des classes moyennes bruxelloises, dont les revenus se situent entre 15 000 et 30 000 €/an, d’accéder aisément à cette offre, comme d’ailleurs à la frange inférieure des classes supérieures (Verdonck et al., 2011). Sur la base d’une enquête de terrain menée entre 2012 et 2014 auprès des acteurs du dispositif et des résidents de trois quartiers particulièrement ciblés, situés dans les communes de Molenbeek-Saint-Jean et de Bruxelles-Ville, cette communication développe l’hypothèse selon laquelle CityDev non seulement ne résout pas la dualisation socio-spatiale se manifestant à l’échelle de la ville, mais qu’il contribue aussi à l’émergence de nouvelles dualités à l’échelle des quartiers. S’il soutient dans certains quartiers centraux populaires un processus - plutôt timide - de gentrification en cours, cet opérateur participe plus souvent au développement de nouvelles différenciations entre espaces résidentiels anciens dégradés et espaces résidentiels rénovés, accueillant des populations aux profils socio-économiques spécifiques et inégalement confrontées aux fatigues de la ville centrale : densités humaine et automobile, saleté, pollution sonore, altérités, etc. La communication interroge, d’une part, le rôle du choix d’emplacement des logements produits au sein des quartiers et de leur configuration (types de logement, orientation, insertion dans le tissu bâti) dans cette dynamique. Elle montre, d’autre part, que les espaces résidentiels rénovés favorisent pour les populations qui y accèdent des pratiques à la fois d’ancrage localiste (au sein de l’espace résidentiel) et de mobilité métropolitaine, selon une tendance de classe bien connue, par lesquelles elles arrivent à supporter les fatigues de leur quartier, mieux que les populations installées dans les espaces résidentiels anciens.
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Lenel, E. (2016). Le dispositif CityDev et la transformation des quartiers populaires centraux de la Région de Bruxelles-Capitale par le subventionnement de logements pour les classes moyennes et supérieures. 2e Biennale de la sociologie de l’urbain et des territoires « Inégalités sociales et inégalités spatiales (2000‐2016) : explications sociologiques », Toulouse. https://hdl.handle.net/2078.5/258927