La surveillance de l’héparine non fractionnée (HNF) repose, en première intention, sur la mesure de l’activité anti-Xa, ou lorsque celle-ci-ci n’est pas disponible, sur la mesure du TCA. En pratique clinique, l’expression « résistance à l’héparine » est couramment utilisée lorsque des doses d’HNF considérées comme adéquates ne permettent pas d’atteindre l’intervalle thérapeutique ciblé. Cette définition arbitraire est inappropriée, particulièrement en réanimation, car elle ne tient pas compte du poids, des modifications liées à la pharmacocinétique et/ou la pharmacodynamie de l’HNF, du contexte clinique, et des facteurs confondants qui affectent les résultats des tests de laboratoire. Dans la majorité des cas, la nécessité d’augmenter les doses d’HNF administrées pour atteindre l’intervalle thérapeutique ciblé s’explique par des variations interindividuelles de la pharmacocinétique et /ou de la pharmacodynamie du médicament. L’utilisation de nomogrammes adaptés au poids, plutôt qu’une augmentation arbitraire des doses d’HNF, permet, dans la plupart des cas, d’atteindre rapidement l’anticoagulation souhaitée. Il n’existe aucune donnée probante démontrant le bénéfice clinique d’une supplémentation en antithrombine pour optimiser l’anticoagulation. Les données sur l’efficacité et la sécurité des inhibiteurs directs de la thrombine demeurent insuffisantes pour les proposer à la place de l’HNF en dehors du traitement des thrombopénies induites par l’héparine.
Frere, C., Mullier, F., Mansour, A., Lecompte, T., & Gouin-Thibault, I. (2025). Résistance à l’héparine non fractionnée en Réanimation. Médecine Intensive Réanimation, 34(2). https://doi.org/10.37051/mir-34-002111 (Original work published 2025)