La contribution repose sur des travaux réalisés dans le cadre de la deuxième année de formation de futurs instituteurs. Le cours de « didactique de l’écriture » a pour objectifs : d’amener les étudiants à expérimenter l’écriture et diverses modalités d’interactions sur les textes ; de les mettre en réflexion sur leur propre rapport à l’écriture ; de les outiller pour la mise en œuvre de dispositifs didactiques favorisant l’observation et l’accompagnement des raisonnements et interactions des jeunes auteurs ; de développer un regard non normatif sur les premiers jets d’élèves ainsi qu’une capacité de rétroaction (orale ou écrite) constructive. En 2020-2021, deux dispositifs ont été expérimentés auprès d’un échantillon de 62 étudiants répartis en deux groupes expérimentaux. Dans ces deux groupes, 14 heures de formation ont été consacrées à l’expérimentation de trois activités d’enseignement de l’écriture (chantier, jeux, atelier) et à leur analyse comparée. En outre, le groupe XP1 a bénéficié de 25 heures de cours supplémentaires, essentiellement axées sur la production de différents genres de textes, sur leur analyse littéraire et linguistique, sur des pistes de transfert didactique ; des partages oraux informels entre pairs ont régulièrement été organisés en classe ; en contexte de stage, les étudiants ont été invités à mener une activité didactique inspirée du chantier d’écriture. Le groupe XP2, quant à lui, a vécu un dispositif d’une durée similaire, plus explicitement centré sur l’analyse de premiers jets, ainsi que sur les enjeux et les modalités des rétroactions (Bosc-Miné, 2014 ; Hattie & Timperley, 2007) : les étudiants ont été amenés à formuler entre pairs différents types de rétroactions, ciblées sur différentes dimensions du texte, dans le cadre d’un cercle d’auteurs (Tremblay & al., 2020 a) ; ils ont analysé des premiers jets d’élèves et des feedbacks d’enseignants, se sont interrogés sur les enjeux et les effets probables de différentes formes de rétroactions sur l’apprentissage des élèves à différents moments du processus d’écriture, sur les postures d’étayage possibles (Wyns et al., 2017). Ils ont été invités à transférer leurs apprentissages en contexte de stage, en formulant des feedbacks oraux lors d’ateliers dirigés (Bucheton & Soulé, 2009) menés avec des élèves. Dans ce chapitre, nous comparons les effets des deux dispositifs de formation mis en œuvre, le premier étant basé sur un apprentissage implicite, le second relevant davantage de l’explicitation des enjeux et de stratégies de rétroaction. Nous observons la manière dont les futurs enseignants y réagissent en nous appuyant sur les résultats des pré- et post-tests : nous analysons les caractéristiques des feedbacks formulés sur un premier jet d’élève (focalisation, connotation, dimensions du texte prises en compte, etc.) en début et en fin de formation. En outre, des entretiens menés a posteriori avec des étudiants issus des deux groupes expérimentaux nous permettent d’analyser avec plus de finesse le développement de leurs compétences d’accompagnement à l’écriture, et d’identifier les éléments de formation qui ont fait évoluer leur regard sur les écrits d’élèves, ainsi que le contenu et la formulation de leurs rétroactions.
Wyns, M., & et al. (2024). Apprendre à formuler des rétroactions sur les premiers jets d’élèves. Analyse contrastée de deux dispositifs de formation initiale. In De Croix, Falardeau, Ledur, Ronveaux (dir.) (ed.), Les écrits intermédiaires partagés (p. p. 193-218). Presses Universitaires de Namur.