La poétesse mexicaine chicana Pilar Rodríguez Aranda est pionnière dans l’art du vidéopoème. Cinéaste de formation, elle crée des œuvres hybrides tant sur le plan formel que linguistique. En effet, plusieurs de ses créations, comme La idea que habitamos/ The Idea We Live in (1990), Ella es frontera / Border She Is (1996) ou encore Behind The Wall/Detrás del muro (2016), se caractérisent par une esthétique de la fusion. Outre la combinaison des médiums artistiques qu’elle met en place, la poétesse mobilise simultanément l’espagnol mexicain et l’anglais nord-américain, afin de s’exprimer depuis son identité d’artiste chicana. Nous proposons d’analyser les enjeux politiques sous-jacents à cet engagement esthétique particulier. Dans un premier temps, nous souhaitons montrer comment la multiplication des canaux langagiers induite par le recours à la multimédialité du vidéopoème permet de soutenir originalement le plurilinguisme. Dans un second temps, nous nous intéresserons à la théorie de la frontière développée dans les années 80 par la philosophe chicana Gloria Anzaldúa, ainsi qu’à sa récupération par les spécialistes en études décoloniales Walter Mignolo et María Lugones. Les notions de New Mestiza et de Borderland travaillées par ces académiques nous permettront d’envisager le bilinguisme chicano de Pilar Rodríguez Aranda comme un outil de décolonisation des identités mestizas/chicanas.
Dasseleer, C. (2021). Enjeux du bilinguisme chicano dans l’œuvre poétique multimédia de Pilar Rodríguez Aranda. Journée d’études “Plurilinguismes littéraires en Amérique Latine”, Université de Picardie Jules Verne, Amiens. https://hdl.handle.net/2078.5/109875