Le Burundi a connu, depuis les années 1960, des violences cycliques, à l’origine du départ massif de milliers de Burundais. Les autorités politico-administratives ont redistribué les terres abandonnées par ces réfugiés comme s’il s’agissait de terres vacantes. Alors qu’à leur retour, la plupart des réfugiés de 1993 ont pu retrouver relativement facilement leurs propriétés, il n’en fut pas de même pour les réfugiés partis en 1972. Cet article étudie les dispositifs et les argumentaires mobilisés pour faire face à ces demandes de réparation. Il montre comment, dans ces contextes « post-conflits » caractérisés par une pluralité de cadres normatifs, le respect de certaines règles officielles peut constituer une transgression à d’autres règles tout aussi officielles et légitimes, mais provenant de cadres normatifs distincts. Il montre la nécessité d’aller au-delà des distinctions courantes entre les catégories officiel et non officiel et d’étudier les conditions d’application des règles. Analyser ainsi ces transgressions de règles, permet de revisiter la catégorie local : elle obscurcit la compréhension des phénomènes, en ce que l’espace local est articulé par des règles édictées en dehors de lui.
Nyenyezi Bisoka, A., Mushagalusa Mudinga, E., & Ansoms, A. (2017). La transgression des règles dans la gestion foncière : la pertinence de la catégorie local en question. In Michèle Leclerc-Olive (ed.), Anthropologie des prédations foncières. Entreprises minières et pouvoirs locaux. Editions des archives contemporaines. https://hdl.handle.net/2078.5/179058