Depuis quelques dizaines d’années, la question de la « communauté » connaît une forte résurgence. Quel sens donner à cette question dans la société française ? La délimitation de ce qui constitue le commun touche à l’ordre du pouvoir et à la distribution des places et des voix. C’est en cela une question éminemment politique.1 Le débat sur ce point pourrait donc relever d’une logique démocratique, si l’on entend par là la capacité d’un groupe à formuler une façon de se représenter à lui-même et de se donner un sens – signification et direction. Mais dans les faits, cette perspective semble barrée. Plutôt que de débat public, on assiste au déploiement d’une rhétorique condamnant par avance d’autres points de vue possibles, et contraignant la parole publique à s’inscrire a priori dans un cadre « anti-communautariste ».2 Même les controverses mobilisant des chercheurs (sur les « statistiques ethniques », etc.) sont prises dans des enjeux idéologiques définissant le légitime « au nom de la République ». Bref, les discours semblent vouloir imposer un consensus plus que concourir à reformuler démocratiquement un accord. Pour saisir cela, nous travaillerons à partir des usages dominants de trois notions principales : commun, communauté(s), et « communautarisme ». Il s’agit moins de les explorer sociologiquement ou philosophiquement, que d’être attentif à leurs usages, car la mise en mot des problèmes contribue à organiser l’espace du dicible, du pensable et du discutable en matière de commun. Les discours publics et les essais serviront donc de matériau pour cette étude, l’étymologie aidant à situer d’éventuelles variations dans le temps. Si l’enjeu n’est pas une étude proprement historique, il s’agit cependant de montrer des constances et/ou des variations significatives : 1) des enjeux politiques autour de l’idée de communauté ; 2) de tensions qui travaillent au sein de ces mots et de leurs usages.
Dhume, F. (2009). Commun, communauté(s), “communautarisme” : les frontières de la socia(bi)lité. Mana ― revue de sociologie et d’anthropologie, 1(16), 85-99. https://hdl.handle.net/2078.5/100598 (Original work published 2009)