Le secteur de l’Aide à la jeunesse s’adresse aux mineurs en difficulté et/ou en danger – si les difficultés rencontrées par ceux-ci ne peuvent être «gérées» dans leur cadre familial et institutionnel habituel et nécessitent par conséquent une intervention spécialisée – ainsi qu’aux mineurs ayant commis un fait qualifié infraction. Cette intervention s’opère sur base d’une demande (du mineur ou de sa famille) et plus généralement sur base d’un «signalement» (d’un professionnel, d’un voisin, ...), et procède d’une «autorité mandante» habilitée à décider de «mesures» qui seront alors mises en œuvre par les différents services mandatés (ambulatoires ou résidentiels). En région bruxelloise, le secteur de l’aide aux personnes handicapées apporte diverses aides aux personnes handicapées qui en font la demande et qui répondent à certaines conditions. En effet, dans une logique de sectorisation, à chaque problème identifié, sa réponse type ; à chaque public spécifique, son institution spécialisée, ses savoirs de référence et sa culture profession- nelle ; à chaque institution, son secteur d’appartenance ; à chaque secteur, son administration (ses critères de reconnaissance, son mode de financement, ses procédures) ; à chaque administration, son pouvoir de tutelle. Dans le cadre d’une rationalité cartésienne qui conduit à segmenter les problèmes complexes en problèmes plus simples, la sectorisation et la spécialisation permettent une intervention plus efficace, appropriée aux «besoins spécifiques», ciblée. Mais que se passe-t-il lorsque des jeunes et des familles échappent peu ou prou aux catégories instituées ; lorsqu’ils ne sont pas «assez» ou «lorsqu’ils sont trop» ; lorsqu’ils ne peuvent pas être associés de manière univoque à une seule problématique ; lorsque plutôt que d’être «ou» «ou», ils sont «et» «et» ; lorsqu’ils sont, par exemple, à la fois «en situation de handicap» et «en difficulté ou en danger» ? Que se passe-t-il tout d’abord pour ces familles et ces jeunes eux-mêmes ? Ne risquent-ils pas de se retrouver dans le «no man’s land» qui sépare les frontières des différentes institutions ou, au contraire, d’être confrontés à la superposition d’interventions potentiellement contradictoires ? Ou alors d’être assignés par défaut à une identité catégorielle dans laquelle ils ne se retrouvent pas ? Mais que se passe-t-il également pour les intervenants, confrontés à ces situations «atypiques», à des problématiques (comportements, pathologies, souffrances, situations sociales et familiales, ...) «qui dépassent leur rôle et leurs compétences habituelles» ? Si les collaborations entre services au sein d’un même secteur ne sont pas toujours aisées, que se passe-t-il lorsque des professionnels porteurs d’identités et d’idéologies professionnelles différentes, et issus de champs différents, sont amenés à collaborer dans la gestion des mêmes problèmes et dans la prise en charge d’une même population ? Ce dossier spécial du BIS (Bruxelles Information Sociale, revue du Conseil Bruxellois de Coordination Socio-politique (CBCS) présente les résultats d’une recherche réalisée en 2010-2011 par Abraham Franssen et Marie Joachim du Centre d’Etudes sociologiques (Université Saint-Louis) à l’initiative de la ministre Huytebroeck1 et portant sur la région de Bruxelles-capitale. L’objectif de cette recherche est de faire connaître et reconnaître les réalités vécues par les jeunes et leurs familles – réalités auxquelles sont confrontés les professionnels – et de formuler des propositions en vue d’améliorer les collaborations et les articulations inter- et trans-sectorielles dans l’intérêt des mineurs concernés.