Parentalité et rapport au travail. Des types d’articulation travail/famille chez les jeunes chercheurs en Belgique

Barbier, Pascal;Fusulier, Bernard
(2015) VIè congrès de l’Association Française de Sociologie — Location: Saint-Quentin en Yvelines (29.June.2015)

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L’arrivée d’un enfant produit des effets opposés sur les carrières des hommes et des femmes. La naissance d’un enfant altère le statut d’emploi des femmes (diminution du temps de travail, sortie de l’activité) tout en augmentant leur charge déjà importante de travail domestique (Garner, Méda et Senik, 2005). A l’inverse, ce même évènement favorise les hommes du point de vue du salaire et de la carrière (Singly, 1984 ; Gadéa, Marry, 2000), sans véritablement bouleverser leur investissement en terme de temps de travail domestique. Fondés sur des recherches quantitatives, ces résultats sont désormais connus et participent à la fois au débat sociologique et à l’élaboration des politiques publiques. Ils étudient la relation entre parentalité et activité professionnelle sous le registre principal de l’emploi et, plus rarement, sous celui du rapport au travail. Pourtant, on sait depuis les travaux de Serge Paugam (2000) que ces deux dimensions, rapport au travail et rapport à l’emploi, s’imbriquent pour produire un certain type d’intégration sociale chez les individus. A partir d’une enquête par entretiens (30 individus rencontrés tous les ans pendant trois ans) auprès de jeunes chercheurs en cours d’insertion dans la carrière scientifique en Belgique, cette communication propose d’explorer les liens entre parentalité et « rapport au travail ». Chez ces individus engagés dans une activité gourmande en temps et en énergie (la recherche) à un moment de leur existence (29-39 ans) où ils élaborent des projets familiaux, ce lien apparaît de deux manières. En effet, chez eux, la parentalité affecte, d’une part, le degré et les modalités d’investissement dans le travail. Elle les conduit à intensifier et/ou rationaliser leurs temps passés au travail, à séparer de manière étanche temps travaillés et temps « libres » ou au contraire à perturber durablement leur engagement au travail en fabriquant un tiraillement très fort entre nécessité de produire et nécessité de reproduire. La parentalité affecte, d’autre part, leur expérience subjective du travail : elle peut les conduire à relativiser les échecs, à mettre à distance les difficultés ou au contraire à dramatiser les enjeux de réussite. Et cela n’est pas sans conséquence dans un milieu hautement compétitif où l’appréciation de sa propre performance est centrale et source de difficultés. En somme, à partir d’une enquête auprès de jeunes chercheurs belges engagés dans une stratégie d’insertion dans la carrière scientifique, on montrera que, d’une part, la parentalité n’exerce pas seulement des effets sur l’emploi des individus (temps de travail, salaire) : elle exerce aussi des effets sur le rapport au travail. Et l’on montrera, d’autre part, que l’arrivée d’un enfant et l’engagement dans une vie de famille n’est pas seulement la source de conflits et de difficultés. Elle peut aussi, en certaines circonstances, être la source d’un enrichissement de la sphère privée et de la sphère professionnelle.
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Barbier, P., & Fusulier, B. (2015). Parentalité et rapport au travail. Des types d’articulation travail/famille chez les jeunes chercheurs en Belgique. VIè congrès de l’Association Française de Sociologie, Saint-Quentin en Yvelines. https://hdl.handle.net/2078.5/188854