(fr) Cette thèse vise à contribuer, d’une part, à une meilleure compréhension du mécanisme par lequel les jeunes hommes et femmes urbains du Burkina Faso sont exposés aux risques liés à la sexualité et, d’autre part, à une meilleure lecture de l’articulation des facteurs en jeu dans leurs difficultés de prévention. L’étude utilise une méthodologie mixte. Les analyses quantitatives, réalisées avec les données issues de l’Enquête Nationale sur les Adolescents (ENA) effectuée en 2004, ont permis de quantifier, chez les individus de 12 à 19 ans, leur exposition au sida et aux grossesses non prévues et aussi d’en identifier les facteurs favorisants. Les analyses qualitatives ont eu recours à 76 entretiens semi-directifs réalisés entre 2005 et 2007 auprès de jeunes hommes et femmes âgés de 18 à 40 ans à Ouagadougou dans le cadre du projet Emergency Contraception in AFrica (ECAF). Des trajectoires et portraits ont été mis à profit pour la construction de tableaux synthétiques du vécu sexuel et préventif des individus. Ont ensuite servi de base aux analyses des classifications des épisodes sexuels et préventifs en fonction, d’un côté, du type de relation de couple concerné et du risque encouru par l’intéressé et de l’autre, de la typologie des situations relationnelles vécues. Chez les adolescents burkinabè, il apparaît que l’exposition au sida (mesurée ici par la non utilisation du préservatif lors du dernier rapport sexuel des 12 mois précédant l’enquête) concerne 53,4% des garçons et 74% des filles. Quant aux grossesses non prévues, ce sont 49,2% des garçons et 57,8% des filles qui n’ont utilisé aucune contraception lors de leur dernier rapport sexuel alors qu’ils ne désiraient pas d’enfant à cette période de leur vie. Les résultats quantitatifs et qualitatifs de l’étude confirment, pour le Burkina Faso, l’impact particulier des facteurs socioculturels sur les comportements sexuels et préventifs des jeunes : au-delà de l’évaluation des risques de contamination par le sida et de grossesse non prévue, leur prise en compte dans leur vécu sexuel et leur prévention se heurtent chez eux à des difficultés liées aux normes et à la réalité sociale. Les analyses confirment aussi l’importance de l’offre de services de prévention sur l’évaluation des risques par les jeunes et sur leur acquisition des capacités à mettre en œuvre leurs choix préventifs. Au nombre des facteurs identifiés figurent les insuffisances de l’offre en matière de prévention, les normes et standards de la société en matière de sexualité, les inégalités de genre, l’importance du mariage dans la société burkinabè, les normes culturelles sur les rôles respectifs des conjoints. Grâce notamment à la lecture biographique et qualitative du vécu sexuel et préventif des jeunes, cette thèse met aussi en lumière des aspects insuffisamment pris en compte dans les enquêtes quantitatives standardisées : les difficultés d’utilisation des moyens de prévention, les lacunes dans le counselling des prestataires de planning familial sur l’utilisation de la contraception, la négociation de la prévention dans les couples et la présence de désirs d’enfant ambivalents et contradictoires. Elle procure également une perception affinée des besoins non satisfaits en matière de prévention chez les jeunes et de l’articulation de la prévention du sida et de la contraception dans leur vécu.
Sawadogo, N. (2013). De l’initiation sexuelle au mariage chez les jeunes urbains burkinabè : relations, vécu et risques. https://hdl.handle.net/2078.5/28572