La plupart de études sur la « question rom » se focalisent sur les effets de politiques publiques discriminatoires, sur les processus de marginalisation et la vulnérabilité qui caractérisent la vie de ces migrants dans les villes françaises. Les décisions publiques qui les visent et les actions qui en découlent – notamment l’expulsion des squats et des bidonvilles – sont guidées par l’urgence et légitimées par des discours qui mettent l’accent sur l’insécurité des personnes due aux conditions malsaines de ces établissements. Aux yeux des autorités, le manque d’eau courante et d’installations sanitaires est une des causes principales qui rendent ces espaces invivables. Les expulsions répétées ont un impact assez violent sur la vie de ces personnes, les obligeant à se déplacer d’un squat à l’autre, d’un terrain à l’autre, ce qui ne fait qu’exacerber leur vulnérabilité. Et pourtant, malgré cette condition de nomadisme forcé, leur permanence dans la ville et la re-création constante d’espaces vivables méritent d’être prises en compte différemment. Cela implique d’assumer une perspective qui se focalise sur la manière dont les Roms agencent leur accès et leur ancrage dans la ville, et qui amène à reconsidérer ces personnes comme des sujets impliqués dans la transformation de l’espace urbain, plutôt que comme des objets passifs de l’action publique.
Rosa, E. c. (2021). Roms migrants et pratiques du self-care aux marges de la ville. In Jérémie Foa, Céline Regnard, Nicolas Vidoni e.a. (ed.), Desordinaires. Ordinaires du trouble et troubles de l’ordinaire en Méditerranée (XVIe-XXIe siècles). https://hdl.handle.net/2078.5/170130