Dans l'ouvrage intitulé "Une maison - un palais", Le Corbusier affirmait en 1928: "La création est un jeu de conséquences". La présente recherche tente, précisément, de mettre à jour le "jeu de conséquences" qui guida la conception de la Haute Cour de Chandigarh. Il s'agit donc de suivre le cheminement intellectuel de Le Corbusier, des premières intuitions, esquissées face à une plaine immense aux pieds de l'Himalaya, jusqu'au projet final. L'analyse ne porte pas sur l'objet construit mais sur le mouvement de la pensée qui y mène. L'enjeu est de remettre l'édifice en état de tension projectuelle pour suivre, pas à pas, Le Corbusier à l'oeuvre. Différentes sources sont exploitées pour ce faire, citons notamment: les dessins d'archives de l'atelier rue de Sèvres; les carnets de croquis personnels de Le Corbusier; l'oeuvre complète, sorte de testament spirituel. Le projet de la Haute Cour ne pouvant être isolé de son contexte, la conception de l'ensemble du Capitole et, plus largement, de la ville de Chandigarh est donc également abordée. Enfin, pour comprendre un certain nombre de décisions et intuitions, il nous a fallu remonter plus avant dans l'oeuvre de Le Corbusier, souvent jusqu'aux édifices au contact desquels il a élaboré sa pensée architecturale. Ceci permet de mesurer toute la portée d'une phrase de 1929, paradoxale de prime abord sous la plume de ce pourfendeur de l'académisme: "Les siècles ne salissent d'ailleurs pas nos mains: au contraire, ils les remplissent".