Racisme et discrimination raciale ont des liens, mais renvoient à des référentiels d’action distincts : l’antiracisme définit le problème d’abord dans l’ordre idéologique et vise le “changement des mentalités”, recourant à ce titre notamment à l’éducation morale ; l’antidiscrimination s’appuie sur la norme de droit qui qualifie la légitimité des pratiques et vise un changement des façons de faire et des fonctionnements institutionnels au regard de leurs effets inégalitaires. L’école publique est généralement sommée d’éduquer contre le racisme. Un “réflexe républicain” en fait un haut lieu de la réponse étatique à ces “problèmes”. Concernant la discrimination ethnoraciale, la situation semble à première vue différente, car l’école publique s’est longtemps caractérisée par son ignorance formelle du phénomène. Alors que d’autres ministères s’y sont engagés dès 1998 — date de la reconnaissance par l’État français de la discrimination comme problème public — l’Éducation nationale a longtemps fait comme si elle n’était pas concernée. Avec dix ans de retard, en 2008, cette thématique a fait son apparition dans la “circulaire de rentrée”, et le ministère donne des signes s’apparentant à la reconnaissance formelle du problème. Ce qui fait dire à certains de ses agents que « l’école prévient la discrimination ethnique et raciale ». Cela se vérifie-t-il en pratique ? L'article revient sur cette histoire pour comprendre comment l’institution scolaire en est venue à la question de la discrimination, ce qu’elle en dit et ce qu’elle en fait.
Dhume, F. (2010). L’école face à la discrimination ethnoraciale : les logiques d’une inaction publique. Migrations Société, 22(131), 171-184. https://doi.org/10.3917/migra.131.0171 (Original work published 2010)