La présence des personnes migrantes dans le Nord-Pas-de-Calais n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une histoire : de 1999 à 2002, un centre d’accueil voit le jour à Sangatte, afin d’accueillir les réfugiés qui attendent de se rendre en Angleterre. Depuis lors, les campements et les squats se sont faits et défaits au gré des expulsions policières. De temps à autre, une salle s’ouvrait pour loger prioritairement les enfants et les femmes lors des vagues hivernales. Mais ces initiatives étaient de courte durée. Les politiques prônant l’inconfort des personnes migrantes et leur déshumanisation sont pourtant restées courantes. Depuis lors, les exilés ont continué à affluer vers la ville portuaire. Leur nombre n’a cessé d’augmenter au vu des mesures de blocage mises en place pour rendre inaccessibles les passages « clandestins » vers l’Angleterre. Depuis plus de quinze ans, ces hommes et femmes sont contraints d’habiter la rue ou dans différents lieux de relégation de la ville, dans la « jungle », les dunes ou encore dans des squats, et ce dans des conditions de vie extrêmement précaires. En juin 2014, deux mille personnes migrantes sont expulsées sur ordre des autorités locales. Il faudra plusieurs semaines pour récolter les bâches et couvertures nécessaires pour protéger toutes les personnes du froid et de la pluie. Le 10 avril 2015, le centre d’accueil Jules Ferry ouvre ses portes, mais ne propose le logement qu’aux plus fragiles, par exemple les femmes et leurs enfants.
Briké, X. (2016). Calais : une étape dans l’exil : Ethnographier les résistances dans un camp auto-établi. Pensée Plurielle, 42(2), 107. https://doi.org/10.3917/pp.042.0107 (Original work published 2016)