De la sœur-surveillante à l'éducatrice laïque : un personnel voué aux filles de justice (Bruges, 1922-1965)

Massin, Veerle
(2012) Cahiers d’Histoire du Temps Present — Vol. 24, p. 101-126 (2012)

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  • Massin, VeerleUCLouvain
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L’Etablissement d’Education de l’Etat de Bruges accueille, entre 1922 et 1965, un public très spécifique et particulièrement stigmatisé : des filles de justice atteintes de maladie vénérienne, filles-mères ou qui ont été exclues des institutions classiques de Protection de l’enfance en raison de leur comportement très difficile. Cet article a pour objectif de mesurer et de cadrer, dans ses grandes lignes, l'évolution que connait le personnel de cet établissement pour jeunes filles stigmatisées entre les années 1920 et 1960. Au moment de sa création, le modèle de l’institution de Bruges est d’abord un modèle conventuel. Si les religieuses sont reconnues pour leur action à l’égard des femmes en difficulté et des « filles perdues », elles sont aussi connues pour avoir une expérience dans la gestion des populations enfermées et particulièrement dans la surveillance des prisons de femmes. Ce modèle religieux a été choisi par un ministère de la Justice qui gère également l’administration des Prisons. C’est donc bien ici le modèle pénitentiaire qui adapte sa pratique à une population particulière : des filles immorales, malades et à surveiller. Entre 1922 et 1965, le personnel de l’institution est progressivement laïcisé. Le premier directeur laïc, entré en fonction en 1925 et qui remplace la mère supérieure, considère très vite que les sœurs-surveillantes en place à l’établissement de Bruges sont incompétentes. Malgré les récriminations du directeur, la laïcisation du personnel n’est pas envisagée par le ministère de la Justice. Celle-ci serait trop onéreuse et n'est pas jugée prioritaire. Après 1945, un courant de réforme émerge au niveau de l’administration de la Protection de l’enfance. Des formations « en interne », données par les "spécialistes" de l'institution (psychiatres, institutrices,…) aux autres membres du personnel lancent un premier courant de réflexion. L’administration sent qu’elle doit adapter la formation de son personnel aux exigences de l’heure, en réponse au développement d’un réseau professionnel d’éducateurs spécialisés. Il lui faut rester dans la course, face à la concurrence des établissements privés. Mais la laïcisation complète de l’établissement et le recrutement d’éducatrices formées et spécialisées n’est pourtant toujours pas au programme. Les premières « éducatrices » laïques qui arrivent à Bruges à la fin des années 1940 n’ont ni formation ni spécialisation. Peu à peu, l’administration impose, à l’égard des filles placées, des mesures disciplinaires plus souples s’accordant mieux aux exigences du travail social. C’est suite à ces nouvelles exigences que la congrégation religieuse exerçant à Bruges remet son tablier, en 1957. L’établissement de Bruges est donc forcé à une laïcisation accélérée. Un personnel formé et qualifié est recruté. Mais les jeunes assistantes sociales qui arrivent à Bruges en 1957 ne sont pas non plus jugées compétentes. La majorité n'ont aucune expérience de terrain. Ce n’est qu’en 1959 que la fonction d’éducateur est enfin officiellement professionnalisée : ceux-ci doivent être détenteur d’un diplôme, doivent avoir suivi un stage et réussi un concours. Ces tensions révèlent en réalité toutes les « contradictions du travail social » qui sont inhérentes aux pratiques des institutions d'enfermement qui reposent sur la contrainte, tout en se donnant des objectifs d'éducation et de réinsertion.
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Massin, V. (2012). De la sœur-surveillante à l’éducatrice laïque : un personnel voué aux filles de justice (Bruges, 1922-1965). Cahiers d’Histoire du Temps Present, 24, 101-126. https://hdl.handle.net/2078.5/158207 (Original work published 2012)