L'élite Béninoise, ethnographie d'une classe sociale en plein essor à partir d'une association transnationale : le Lions Clubs

de Hasque, Jean-Frédéric
(2017)

Files

deHasqueJFtheseLeLionsClubsauBenincompressed.pdf
  • Restricted Access
  • Adobe PDF
  • 5.09 MB

Details

Authors
  • de Hasque, Jean-FrédéricUCLouvain
    author
Supervisors
Mazzocchetti, Jacinthe
Abstract
(fr) L’ethnographie consiste en des entretiens auprès de membres répartis dans les 45 clubs du Bénin et à Brazzaville, auprès du responsable du Continent (le « Directeur International »), ainsi qu’en des observations de terrains. Ces « terrains » sont ceux des « œuvres » philanthropiques et celui des réunions ou des assemblées inter-clubs. Le travail administratif et organisationnel est très conséquent, il constitue la part la plus intéressante de l’analyse de la dynamique du Lions Clubs. Il montre que la motivation à s’affilier n’est plus uniquement la constitution d’un capital symbolique mais aussi la création d’une réflexion politique. Il s’agit d’une description de la sociabilité d’un groupe national et d’envergure continentale, à travers des informateurs-clés qui sont suivis dans leur parcours associatif et professionnel. Ce matériau permet de saisir les objectifs du Lions Clubs, à partir de la perspective africaine. Le Lions Clubs est présent sur le continent Africain depuis les années 1950, et l’effectif est en expansion significative depuis les années 2000. Les responsables continentaux obtiendront l’indépendance de la branche africaine de l’association en comptant 30000 Lions. Pour ce faire ils doivent recruter 10000 membres supplémentaires, c’est la mission qui est dévolue à chaque club local. Au niveau béninois le succès du Lions Clubs repose sur un rejet successif des élites, d’abord par le colonisateur (Allen, 1989 :19) et ensuite par le pouvoir politique du Régime Marxiste (1972-1990). L'éthos du membre « bourgeois résistant » se cristallisera en 1978, lors de l’interdiction et suppression du premier club. Il renaitra en 1981 et son fondateur sera même accueilli par la Présidence. Ce sera le début d’un cheminement de concert entre le pouvoir et l’association privée, il s’épanouira à la chute du régime Kérékou en 1990. Les futurs membres de l’association vont occuper ou préserver des postes importants lors de cette transition politique. Sous la bannière du Lions Club, ils vont se profiler comme une famille, qui regroupe d’abord les notables (années 1980-1990) et qui accueillera ensuite les « nouveaux riches » (années 2000). Ce recrutement plus large donnera au cercle local d’ « Amis initiés » un rôle d’académie de formation aux codes de l’élite, et le transforme aussi en un maillon du réseau international. La mission caritative est la « vitrine » utilisée pour recruter des membres supplémentaires, mais les « œuvres » ne sont pas facile à mettre sur pied et deviennent un challenge caritatif. Elles montrent la dépendance financière des clubs africains à l’égard du siège américain et l’importance de l’organisation administrative qui permet un contrôle permanent (présence, cotisation, envois de rapports). La présence d’une hiérarchie et d’un organigramme scrupuleusement respecté est une source de motivation des Lions africains. « Si vous brillez vous deviendrez sans doute un des adjoints du Gouverneur, et ensuite Gouverneur vous-mêmes ! » Le fait de se mesurer à ses pairs (d’autres entrepreneurs et leaders) et l’espoir d’accéder à des postes hiérarchiques internationaux, justifient l’investissement bénévole au delà d’un réseautage économique. Bien souvent le « business networking » a déjà été fait. D’un point de vue ethnographique, les nombreuses réunions « techniques » permettent d’observer les membres en dehors de leur rôle de philanthrope, et de leaders pratiquant l’ostentation. Elles révèlent l’investissent politique des membres pour des tâches ingrates et bénévoles. En conclusion, l’association offre une capacité d'épanouissement politique à travers l’édification d’un réseau aux Lions africains, il se concrétise par le défi d’obtenir l’indépendance de la branche africaine. Les Lions sont des « courtiers » de la philanthropie (Olivier de Sardan et Bierschenk 1993) qui « captent une rente », celle de la Fondation LCIF. Mais en devenant des acteurs sociaux dans leurs pays, sans en avoir les moyens propres, les membres sont les acteurs d’une « extraversion » caritative, « mettant en dépendance de leurs sociétés » (Bayart 1999 :98). Les hauts responsables continentaux hypothèquent ainsi leurs propres clubs à la contribution d’un objectif (l’indépendance) qui ne profitera au continent que dans un avenir indéfini. C’est cette nouvelle séquence ethnographique que le post doctorat se propose d’étudier, en analysant la dynamique politique continentale qui s’installe en vue de l’indépendance du Lions Clubs Africain.
Affiliations

Citations

de Hasque, J.-F. (2017). L’élite Béninoise, ethnographie d’une classe sociale en plein essor à partir d’une association transnationale : le Lions Clubs. https://hdl.handle.net/2078.5/178204