Selon le sociologue Zygmunt Bauman, une société moderne liquide « est celle où les conditions dans lesquelles ses membres agissent changent en moins de temps qu’il n’en faut aux modes d’action pour se figer en habitudes et en routines ». L’identité fragmentaire, multiple et malléable est la conséquence du caractère précaire d’une telle société liquide soumise aux impératifs de la flexibilité et de l’évolution perpétuelles. Etre toujours up-to-date signifie donc que l’identité n’est plus un projet à vie mais qu’elle doit être défaite et ensuite reconfigurée selon les opportunités et les choix qui s’offrent dans l’immédiat. Partant de ce constat, cette proposition émet l’hypothèse qu’aujourd’hui on est entré dans l’ère du « visage liquide » dans laquelle le portrait stable de l’époque moderne, défini comme un masque censé représenter l’apparence physique, le statut social ou encore le moi intérieur du modèle, s’est transformé en une prothèse en mutation permanente, permettant à l’homme de modeler son visage selon ses désirs. Des œuvres d’artistes tels que Martha Rosler, Tony Oursler et Hito Steyerl seront abordées pour montrer à quel point la prétention du portrait traditionnel de révéler le statut ou le caractère stable d’un individu a fait place à la conception du « visage caméléon » qui, défini par des procédés de manipulation et de transformation des images et du corps, s’affirme comme interface malléable dans la société liquide de la mondialisation, de la dérégulation et la diversification sans limites.
Streitberger, A. (2018). Le “visage caméléon” à l’ère de la modernité liquide. La politique du visage. Fanatisme esthétique et regard éthique, Université Rennes 2. https://hdl.handle.net/2078.5/176641