L’annexion a la mauvaise habitude de couper court à la question de l’unité territoriale et d’abréger sensiblement la généalogie physique d’une ville. Qu’est-ce qui crée l’unité d’un territoire? D’où viennent les limites actuelles? Il suffit de dire que ces limites correspondent à celles d’une an- nexion bien menée il y a quelques années, voire siècles, pour que le point de référence ou la date de naissance soient donnés. La preuve en est cette célébration où nous parlons. Cela ne veut donc pas dire que la recherche s’arrête là. Au contraire. L’annexion recèle tant d’astuces, d’enseignements et d’événements que nous - tous et toutes ici présent.es - décortiquons et que nous soumettons à une analyse ardente. Mais cela veut bien dire que l’unité, l’identité et les limites de la ville sont des entités expliquées, qu’elles ne sont pas traitées comme des inconnues ou données qui devraient susci- ter la perplexité, que nous les faisons aisément remonter à cette annexion - quitte à fournir à celle- ci quelques antécédents telles les fortifications moyenâgeuses. Tout cela a du sens... à Paris. Bruxelles a l’avantage de ne pas offrir ce court-circuit à la recherche. L’annexion y a échoué. Encore aujourd’hui, une vingtaine de communes ou municipalités - 19 pour être précis - doivent se côtoyer afin d’administrer la ville dans son ensemble. Certes, depuis 1989, il y a une région avec un gouvernement et un parlement - une des trois régions du pays - mais il n’y a pas, comme à Paris et comme dans les villes françaises et la plupart des villes belges, un hôtel de ville et un maire ou bourgmestre. Il y en a 19. Dès lors, les chercheurs et chercheuses bruxelloises ont plutôt tendance à dire que la ville est fragmentée et qu’il n’y a tout simplement pas d’unité d’administration munici- pale / communale à Bruxelles, que l’échec de l’annexion des faubourgs en 1854 a marqué à tout ja- mais le destin de la ville et que ce destin s’appelle: inefficacité. En réalité, comme je l’ai déjà dit, l’échec de l’annexion est une occasion. Elle ouvre une autre éventualité, tant historique que théorique. L’unité territoriale peut-elle être créée autrement? Les limites actuelles recèlent-elles d’autres causes? N’est-il pas possible que l’Etat et la Ville - car c’est bien eux qui bénéficiaient à regrouper les intervenants municipaux afin de pouvoir développer la dite capitale - aient trouvé des moyen moins flagrants pour arriver à leurs fins? Et ces fin sont-elles alors encore tout-à-fait les mêmes? En explorant cette éventualité-là,
Zitouni, B. (2010). Bruxelles : agglomérer plutôt qu’annexer . Les 150 ans des limites actuelles de Paris, Centre d’Histoire Sociale à l’Université de Paris 1. https://hdl.handle.net/2078.5/170171