Ayant joué le rôle de charnière entre les deux versants du théâtre durant plusieurs siècles, la didascalie subit, plus que tout autre élément du texte théâtral, les conséquences d’une émancipation de la représentation théâtrale. Ainsi, si la didascalie parvient encore à assumer sa fonction d’indicateur scénique, elle se voit le plus souvent scindée en un discours paratextuel destiné à l’effectuation scénique de la pièce et en un no man’s land du texte dramatique, dont la fonction paraît de plus en plus floue, réceptacle, parfois, des élans poétiques du texte aux référents impossibles à recréer sur la scène. Le discours supposé ordonner le spectacle semble dorénavant faire désordre. Le cas de Bernard-Marie Koltès s’annonce à cet égard tout à fait intéressant. Ses didascalies sont écrites dans la lignée de genres non théâtraux et disséminent des référents visuels qui passent pour irreprésentables et pourtant indispensables. La didascalie koltésienne combine des perceptions dont la saisie simultanée ne peut être obtenue, dans le meilleur des cas, que par des moyens cinématographiques. La lecture et l’interprétation du texte s’en trouvent profondément changées : à partir d’une lecture de Quai ouest, il devient possible de voir la didascalie comme un envers du dialogue qui éclaire la démarche scripturale de l’écrivain.
Meurée, C. (2007). La didascalie-écran : Bernard-Marie Koltès. In Frédérique Toudoire-Surlapierre (ed.), La didascalie dans le théâtre du XXe siècle: Regarder l’impossible (p. p. 209-222). Editions universitaires de Dijon. https://hdl.handle.net/2078.5/34199