(fr) Cette thèse doctorale examine les inégalités structurelles persistantes entravant l’accès des femmes à la terre au Burundi, à partir d’une approche critique fondée sur la notion de pluralisme juridique, sur une lecture contextualisée du droit et sur la théorie juridique féministe. Elle soutient que l’adhésion formelle aux normes d’égalité de genre, tant au niveau national qu’international, demeure largement inefficace en raison de la prégnance des pratiques coutumières patriarcales et de l’héritage colonial ayant instauré un ordre juridique fragmenté et hiérarchisé. Mobilisant un cadre d’analyse écoféministe, la recherche reconceptualise la terre non seulement comme ressource économique, mais aussi comme espace de pouvoir, de résistance et d’interdépendance écologique, mettant ainsi en lumière les dimensions matérielles et symboliques de la dépossession foncière des femmes. À partir d’une démarche historique et d’observations empiriques, la thèse révèle la disjonction entre les normes juridiques et les réalités vécues, où le droit formel reste sans portée concrète. La jurisprudence, bien que ponctuellement innovante, se montre insuffisamment structurée pour impulser un changement profond. La thèse plaide en conséquence pour une conception transformatrice du droit, fondée sur l’égalité substantielle et la justice sociale. L’analyse comparative des réformes foncières au Rwanda et des formes d’agriculture collective en Inde permet d’identifier des pistes concrètes pour repenser la gouvernance foncière au Burundi. L’étude propose une réforme multidimensionnelle articulant cadre législatif inclusif, renforcement des dynamiques communautaires féminines et responsabilisation des institutions. En définitive, cette thèse contribue aux débats contemporains sur le rôle du droit dans la transformation sociale et appelle à une refondation du régime foncier burundais, ancrée dans le contexte, soucieuse de justice de genre et attentive aux enjeux écologiques.