Cet exposé est basé sur ma recherche doctorale en cours, en sociologie. Cette étude vise à investiguer les liens développés entre un parent âgé (seul, célibataire, divorcé) et ses enfants, lorsque celui-ci vit une perte d’indépendance qui suscite, dans sa vie quotidienne au domicile, une intervention familiale et/ou professionnelle. En interrogeant le parent âgé et ses différents enfants en entretiens individuels, je cherche à déterminer et à comprendre le rôle que joue chacun de ces descendants (pour des fratries de deux enfants ou plus) dans le soutien ou l’aide à l’ascendant fragilisé. Ma recherche se focalise sur les personnes lucides qui sont en perte d’indépendance (d’autonomie exécutionnelle) sans être pour autant dépendantes, au sens des échelles gérontologiques (qui auraient alors besoin d’aide pour se nourrir ou pour se déplacer du lit ou du fauteuil, par exemple). Il s’agit par là de mettre en lumière un vieillissement moins étudié par les sciences humaines et sociales : celui des personnes âgées qui, tout en n’étant plus en pleine possession de leurs capacités, ne vivent pas pour autant confinées au lit ou au fauteuil. C’est dans ce sens que mon enquête se positionne comme une étude de l’ « entre-deux » : quel est le vécu de ces personnes âgées, et de leurs familles ? Quelle organisation, quelle vie quotidienne, quels rapports filiaux, pour une situation qui n’est plus indépendance, mais qui n’est pas non plus dépendance ? Dans le cadre de cette session consacrée aux stratégies, mobilisations, résistances des aînés, je présenterai un pan de mon travail qui s’inscrit dans cette perspective – celle de la mise en évidence du rôle actif que les individus vieillissants peuvent jouer dans leur avancée en âge et dans les étapes qui jalonnent celle-ci. En ce qui concerne plus spécifiquement mon objet d’étude, c’est de l’interrogation suivante dont il sera question : quel rôle le parent âgé joue-t-il dans l’aide dont il bénéfice ? Mon exposé visera alors à montrer que l’ascendant n’est pas simplement le récepteur passif d’une série d’aides qu’on daignerait lui offrir, mais qu’il oriente, module, cette aide ; qu’il occupe donc un rôle actif dans les configurations de soutien qui se mettent en place en réponse à la diminution de son indépendance. Cette question sera traitée en trois temps. D’abord, j’évoquerai les enjeux soulevés par le fait de recevoir une aide, pour le parent âgé : qu’il s’agisse des enjeux relatifs à l’image de soi, au contrôle de son existence, ou encore au sentiment d’être « en dette » vis-à-vis de ses aidants. Ensuite, je dresserai un bref panorama des interventions/actions (ou inactions) potentiellement menées par le parent âgé pour orienter le soutien, en écho à ces enjeux et en fonction du contexte dans lequel ce parent évolue (qui lui laisse une plus ou moins grande latitude dans les modalités de son action/inaction). Enfin, j’en arriverai à poser la question des effets de ce rôle actif de l’ascendant pour et sur le soutien filial – certaines des considérations développées dans l’exposé étant par ailleurs tout à fait transposables à d’autres relations d’aide, comme l’aide professionnelle. J’expliciterai au moins trois effets, pour les enfants, dans le soutien, des positions prises par leur parent âgé : devoir faire avec les ambivalences du parent âgé, devoir apprendre/chercher à « deviner » les désirs du parent âgé, devoir vivre avec certaines prises de risque (ou à tout le moins, vécues comme telles) du parent âgé.
Leider, B. (2013). Mener une recherche sur des personnes âgées “ni dépendantes, ni indépendantes”: enjeux et défis d’une étude de l’entre-deux. 16ème Journées d’Automne de la Société Belge de Gérontologie et de Gériatrie, Liège. https://hdl.handle.net/2078.5/196553