« Ce qui manque aux faits » : L’iconothèque comme historiographie personnelle dans Nox d’Anne Carson

Van Praet, Helena
(2022) Les iconothèques d’écrivain·e·s contemporain·e·s (1980-aujourd’hui), Colloque conjoint HANDLING-ALN|NT2 — Location: Montréal, UQAM (7.April.2022)

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  • Van Praet, Helenaorcid-logoUCLouvain
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« Qui étais-tu ? » est une question qui se trouve au cœur de Nox (2009) d’Anne Carson, un leporello en forme de carnet à la mémoire de son frère décédé, Michael. À la fois élégie et objet d’art, Nox a attiré une attention considérable qui s'est concentrée principalement sur le souvenir du livre en tant qu’objet matériel (p. ex. MacDonald, Tanderup). Je concentre mon propos plutôt sur l’idée d’une iconothèque personnelle qui peut mettre en évidence « ce qui manque aux faits » (Nox). À cette fin, mon exposé s’appuie sur des enseignements qui découlent des nouvelles approches matérialistes de la littérature (p. ex. Hayles) et de la lecture que fait Gillian Sze de Nox comme une archive mélancolique qui bouleverse la relation entre une base de données insensée et un récit significatif. L’hypothèse est qu’en proposant au lecteur une réplique numérisée d’un carnet personnel, la friction entre l’ordre matériel et l’ordre numérique des images – ou ce que Kiene Brillenburg Wurth a appelé « une image d’un texte sur papier » (31) – soulève des questions sur le statut de Nox comme représentation de la vie de Michael. Ce leporello n’est pas seulement une reproduction numérisée d’un ouvrage matériel, mais représente aussi une des nombreuses histoires que l’on pourrait construire sur lui, puisqu’il refuse une interprétation concluante de sa vie. Ainsi, la frontière entre le geste de la création et celui de la reproduction des images est étroitement liée aux questions d’historiographie et d’authenticité. Nox montre que les faits ne suffisent pas : l’histoire réside dans l’expérience de l’iconothèque. Grâce à cette expérience affective mais dégrisante de l’histoire de Michael, qui reste une figure insaisissable et donc intraduisible tout au long de l’œuvre, Carson a réussi à « capturer [...] la surface d’un fait émotionnel ». Bibliographie : BRILLENBURG WURTH, Kiene. 2013. « Re-Vision as Remediation: Hypermediacy and Translation in Anne Carson’s Nox », Image (&) Narrative, vol. 14, n° 4, p. 20-33. CARSON, Anne. 2004. « Anne Carson, The Art of Poetry No. 88 », The Paris Review, n° 171, consulté le 5 février 2021. En ligne. www.theparisreview.org/interviews/5420/anne-carson-the-art-of-poetry-no-88-anne-carson ---. Nox. 2010. New York: New Directions. HAYLES, N. Katherine. 2003. « Translating Media: Why We Should Rethink Textuality », The Yale Journal of Criticism, vol. 16, n° 2, p. 263-90. MACDONALD, Tanis. 2015. « Night in a Box: Anne Carson's Nox and the Materiality of Elegy », dans Thomas Allen et Jennifer Blair (dir.), Material Cultures in Canada. Waterloo, ON: Wilfrid Laurier University Press, p. 51-64. SZE, Gillian. 2019. « The Consolatory Fold: Anne Carson’s Nox and the Melancholic Archive », Studies in Canadian Literature/Études en littérature canadienne, vol. 44, n° 1, p. 66-80. TANDERUP, Sara. 2016. « Nostalgic Experiments Memory in Anne Carson’s Nox and Doug Dorst and J.J. Abrams’ S. », Image (&) Narrative, vol. 17, n° 3, p. 46-56.
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Citations

Van Praet, H. (2022). « Ce qui manque aux faits » : L’iconothèque comme historiographie personnelle dans Nox d’Anne Carson. Les iconothèques d’écrivain·e·s contemporain·e·s (1980-aujourd’hui), Colloque conjoint HANDLING-ALN|NT2, Montréal, UQAM. https://hdl.handle.net/2078.5/108367