Ce texte essaie d’analyser le processus par lequel une personne, homme ou femme, adulte ou jeune, aboutit à la décision personnelle de faire un choix radical, d’opérer une bifurcation dans son existence. Et en particulier une bifurcation qui a des conséquences extrêmes pour sa propre vie ou celle d’autrui. On se centrera sur des bifurcations dont les motivations trouvent leur raison d’être dans des motivations d’ordre nationaliste, idéologique ou religieux1. Je préciserai dans la suite. Cette analyse tient à l’esprit ce qui se passe au sein du monde musulman, entre autres dans le cas de jeunes belges, français, britanniques et d’autres pays qui partent combattre en Syrie. Ou bien comme des épisodes tragiques tels les assassinats au Musée Juif de Bruxelles, le 24 mai 2014. Mais ce processus n’est pas, comme processus social, propre à l’islam. On le retrouve dans diverses réalités historiques comme, dans l’histoire récente, le cas de groupes d’extrême gauche des années 1969-70 (Action directe, Brigades rouges, Fraction Armée rouge....) ; ou des mouvements nationalistes (comme l’ÊTA, Euskadi ta Askatasuna, Pays basque et liberté) ou l’IRA (Irish Republican Army). Chaque cas a ses propres spécificités, mais les processus sociaux qui amènent à la radicalisation extrême sont semblables. Je me centrerai toutefois sur la réalité du monde musulman, tout en faisant le lien avec d’autres réalités et en cherchant surtout des explications dans des approches théoriques générales.
Dassetto, F. (2014). Radicalisme et djihadisme. Devenir extrémiste et agir en extrémiste. Essais et Recherches en ligne, 1-26. https://hdl.handle.net/2078.5/45571 (Original work published 2014)