Concaves et/ou convexes, les sujets ndiayéens dévoilent leur inconsistance constitutive au sein de l’énonciation : la surface du discours révèle ses incurvations ou ses turgescences creuses. Ce dévoilement du vide résultant de la pratique discursive forme le noyau de l’énonciation chez l’écrivain : la mise en scène de ce que Freud appelait un « malaise » dans la culture ou dans la civilisation. À l’identifier au fil d’une relecture des romans et des pièces de l’écrivain, ce malaise touche à la question épineuse et cependant essentiellement structurante du désir. Dans la société contemporaine, le désir est particulièrement mis à mal par le biais de ce que certains psychanalystes appellent la « jouissance perpétuelle ». Les œuvres de Marie Ndiaye témoignent avec acuité de ce phénomène, et en particulier son théâtre (en partant du principe que l’énonciation propre au texte théâtral suppose une tension dramaturgique vers l’incarnation de chair qui ajoute aux signifiants verbaux les signifiants non verbaux). Cet article propose, au gré de l’analyse de ce théâtre, une topologie du corps, du discours et de l’identité ndiayéens, ouvrant insensiblement la voie à une topologie du désir et des malaises contemporains.
Meurée, C. (2009). Au diable le sujet : le concave et le convexe dans le théâtre de Marie NDiaye. Revue des Sciences Humaines, 293(1), 119-136. https://hdl.handle.net/2078.5/35421 (Original work published 2009)