Le recours au paradigme du développement soutenable dans la légitimation des politiques urbaines est aujourd’hui fréquent. Cependant, il s’accompagne rarement d’une interrogation sur l’échelle, sur le cadre et sur la valeur performative des médiateurs qu’il fait intervenir. À Bruxelles, l’origine d’un tel écueil est autant liée à la situation institutionnelle qu’aux concepts qui sous-tendent les outils de planification. Ces éléments conditionnent en effet les rapports des acteurs urbains aux centralités et aux limites, ce qui est à l’origine d’écarts entre les mécanismes observés et la manière dont ils sont régulés. Il s’agit donc de pointer les externalités – soit une série de situations issues implicitement du cadre d’action réglementaire mais non appréhendées par lui – afin de mieux cerner les conditions de possibilité d’un développement soutenable de l’agglomération. Afin de rendre ces constats tangibles, nous nous intéressons ici à une portion du champ urbain bruxellois comprenant la forêt de Soignes. Par l’adoption d’un mouvement dialectique considérant les dynamiques anthropiques et non anthropiques dans leurs rapports synchroniques et diachroniques, nous montrons en quoi l’épaisseur factuelle et conceptuelle des périmètres associés au massif forestier présente des dysfonctionnements liés à la distinction traditionnelle entre naturel et artificiel. Nous substituons dès lors à cette distinction le rapport nature / culture afin de rendre compte de l’instance naturelle comme mode de traitement, matériel et idéel, visant à distancier l’humain et le non humain ainsi que différents acteurs sociaux. Pour terminer, nous expliquons en quoi ce glissement conceptuel permet d’asseoir les bases d’une approche spatiale, cognitive et projectuelle, orientée vers une « ecographie » du milieu.
Roland, L. C. (2010). Bruxelles comme palimpseste : De l’épaisseur d’un consensus. 18th Joint Doctoral Seminar in Theory and History of Architecture. May 28, 2010. Booklet, 18, 147. https://hdl.handle.net/2078.5/210076 (Original work published 2010)