(fr) Depuis l’aube des Temps modernes, la science représente le pouvoir incontournable de libération et d’émancipation de l’homme dans la société. Par contre, son alliance avec la politique et l’économie contribue à l’aliénation et à la déstructuration des cultures. Ce paradoxe a fait dire à Habermas, à la suite de Marcuse, que la technique et la science forment l’idéologie la plus puissante du capitalisme avancé. Dans ce contexte, les principes formels de la discussion ont été présentés comme les sources universelles de la raison émancipatrice. Or, avec les développements effrénés de la technologie génétique, non seulement la science accroît ses innombrables possibilités de libération, mais aussi et surtout elle ébranle les bases fondamentales de l’universalisme égalitaire, fondement de la morale universelle de Droits de l’Homme. D’où le vertige éthique : « Jouera-t-on les apprentis sorciers ? Que permettre et que faut-il empêcher des prouesses de laboratoire ? ». L’objectif principal de cette thèse consiste justement à montrer comment Habermas aborde avec sérénité la question de l’émancipation ou de la réalisation de soi, en dialogue critique avec les acquis des neurosciences et des biotechnologies. En plus des progrès de la connaissance théorique du vivant et des prouesses technologiques en médecine curative, la révolution biologique pose énormément de problèmes comme la réduction naturaliste de l’agir humain et la technicisation eugéniste de la nature humaine. Dans ces conditions, la question critique postmétaphysique posée par Habermas est la suivante : « Qui sommes-nous et qui voulons-être ? ». Pour y répondre adéquatement aujourd’hui, notre auteur demande de reconsidérer la stratégie abstentionniste de la morale universaliste de la raison qui pose le primat du juste sur le bien. Il plaide par conséquent, et sans contradiction, pour l’éthique fondamentale de l’espèce humaine (Gattungsethik). Quel est l’espoir et quels sont les fondements épistémologiques de cette éthique ?
Bonyanga Bokele, A. (2013). Habermas et la question de l’émancipation à l’aune de la révolution biologique : une réflexion critique sur le pouvoir du savoir scientifique. https://hdl.handle.net/2078.5/24835