L'Europe obsédée par ses frontières. Production politique des clandestinités

(2014) La Revue Nouvelle — Vol. 69, n° 6-7, p. 57-61 (2014)

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Dans un récit autobiographique publié en 1942 sous le titre Monde d’hier. Souvenir d’un Européen, Stefan Zweig écrivait que "[…] rien peut-être ne rend plus sensible le formidable recul qu’a subi le monde depuis la Première Guerre mondiale que les restrictions apportées à la liberté de mouvement des hommes et, de façon générale, à leurs droits". Les mémoires de Zweig, dont le manuscrit est expédié à son éditeur la veille de son suicide, s’apparentent à un hymne à une culture européenne en partie fantasmée, un hymne rédigé par un homme brisé par l’expérience de l’exil et de la guerre. La vision de l’Europe d’avant-guerre, à la fois ouverte et cosmopolite, proposée par l’écrivain paraît en effet naïve tant elle décrit une réalité qui ne concernait alors qu’une élite européenne, aristocratique ou bourgeoise. Elle nous sert cependant de piqûre de rappel: les documents de voyage et d’identité auxquels nous nous sommes habitués sont loin d’avoir toujours existé. Le monde d’avant 1914 est effectivement un monde sans passeport ni visa, même si de tels documents ont bel et bien existé, par période, au cours des siècles précédents. Ce texte nous rappelle également que, pas plus que les documents de voyage, les frontières n’ont d’évidence ou de naturalité. Les frontières sont toujours une production politique. Elles définissent la limite séparant deux ordres de souveraineté. Elles sont aussi un récit, un récit sur Soi et sur l’Autre.
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Duez, D. (2014). L’Europe obsédée par ses frontières. Production politique des clandestinités. La Revue Nouvelle, 69(6-7), 57-61. https://hdl.handle.net/2078.5/259565 (Original work published 2014)