La vogue actuelle des récits de voyage pose certaines questions, notamment quant au sens et à l'intérêt des pratiques respectives du voyage et de son récit. A quoi peut bien servir de voyager aujourd'hui alors que, on le sait, cette expérience est accessible à la plupart et que cet élargissement de la classe voyageuse aurait pour conséquence une relative uniformisation du monde? "Rien ne sert de courir, il fallait partir avant" (Bruckner P., Finkielkraut A., 1979). Mais à quoi bon également raconter les petits événements, souvent jugés insignifiants, qui encombrent beaucoup de récits de voyage? L'auteur de Tristes tropiques ne tenait-il pas déjà pour inexplicable le succès de cette littérature? La qualité, la finesse et la justesse des récits de voyage de l'écrivain suisse Nicolas Bouvier permettent d'envisager cette question sous un angle résolument différent et révèlent que, pour l'écrivain-voyageur, le voyage comme l'écriture sont recherche et exploration d'un sens, d'une "morale de l'existence" qui se nourrit de l'alternance dehors/dedans requise par ces deux exercices.
Hambursin, O. (1998). Petites morales portatives. Des leçons de l’écriture et du voyage chez Nicolas Bouvier . Sources, 20, 236-253. https://hdl.handle.net/2078.5/177340 (Original work published 1998)