(fr) L’étude du livre des Nombres a connu un regain d’intérêt ces dernières décennies de la part des exégètes qui s’intéressent au Pentateuque. Plusieurs d’entre eux se sont penchés sur la question de la cohérence de ce livre et ont essayé d’en établir la structure, de proposer une thématique englobante ou de faire ressortir sa logique narrative. Le débat n’est pourtant pas clos. La structure de ce livre demeure la plus discutée du Pentateuque, aucun thème ne semble apte à intégrer tout le matériau et la connexion entre certaines séquences paraît lâche. Dans ce contexte, ce travail étudie la dernière séquence du livre (Nb 26–36), considérant que la partie finale de l’œuvre constitue un lieu privilégié d’où l’on peut analyser de manière rétrospective sa cohérence et son unité. En effet, Nb 26–36 commence par un dénombrement qui présente la génération des héritiers de la terre promise tout en établissant la totale disparition de celle qui a été recensée au Sinaï (Nb 26,64). Cependant, si la thématique de la terre est au centre de ces chapitres, entrer en possession et conserver le territoire exigent que soient préservées la solidarité entre les tribus et la relation avec YHWH. Cette séquence appose non seulement le point final au livre, mais elle confirme également son caractère conclusif par des sommaires et des allusions aux passages précédents, les rappelant ainsi à la mémoire du lecteur et lui proposant une ligne de re/lecture. Dès lors, si les variations de genres littéraires et de thématiques donnent parfois l’impression que les différentes sous-unités de ce livre sont tout simplement juxtaposées, l’attention aux divers réseaux de correspondances littéraires et sémantiques, ainsi qu’aux phénomènes d’anticipation et de rétrospection, révèle au lecteur une texture finement agencée, des pièces apparemment disparates subtilement tissées entre elles, lui suggérant que la lecture continue, holistique, du livre est la plus fructueuse.