(fr) Cette thèse est nourrie de données récoltées au cours d’un travail ethnographique de plus de quinze mois cumulés (depuis 2006), et mené auprès de plusieurs communautés de pêcheurs wayùu, sur la péninsule de la Guajira (nord de la Colombie). Elle entend apporter un éclairage novateur sur le présent ethnographique des populations concernées, et contribuer à une meilleure compréhension des modalités cognitives et réflexives de leur appréhension de l’environnement humain et non-humain. Au départ d’une analyse des gestes que posent les Wayùu et des contextes les motivant, l’étude présentée tente de reconstituer la trame générale de leur appréhension des événements (météorologiques, stellaires, terrestres et maritimes), et de dégager les conceptions cosmologiques contribuant à donner corps à leur compréhension du monde et à l’expérience particulière qu’ils en font. Elle porte attention aux motivations insidieuses – nichées derrière des finalités plus évidentes – des pratiques quotidiennes ou plus circonstancielles, en dévoilant l’efficacité insoupçonnée que leur reconnaissent les Wayùu. Elle s’intéresse à la manière dont ces derniers anticipent sur des événements à venir, interprètent des phénomènes, gèrent des situations, envisagent des prérogatives. Elle entend mettre en lumière les connotations attachées aux lieux, aux objets et aux êtres ; elle ambitionne de dégager les discours non verbalisés concernant les logiques et les dynamiques du monde, et de dévoiler les nuances des catégories semblant encadrer de toute éternité les phénomènes. Dans une perspective résolument ethnographique, le travail présenté alimente les débats théoriques contemporains sur l’articulation des savoirs et des démarches réflexives, et sur la dimension cognitive de l’engagement des groupes humains dans le monde.
Simon, L. (2015). Ecouter les résonances du monde : dimensions cosmologiques des rapports aux humains et aux non-humains chez les Wayùu de Colombie. https://hdl.handle.net/2078.5/48580