Les travaux sur les politiques publiques en contexte autoritaire se sont beaucoup concentrés sur les relations entre État et société, notamment sur l’autonomie des acteurs étatiques et leurs canaux de négociations avec la société (voir les travaux de Evans (1995) par exemple). Ils se sont en revanche moins penché sur la façon dont, au sein même de l’État, les relations entre les bureaucrates, le parti au pouvoir et le président structurent les politiques publiques. Cet article vise à réexaminer la catégorie d’analyse des régimes autoritaires dans l’étude de l’action publique en montrant comment les interactions et les variations de pouvoir entre ces trois pôles influencent l’élaboration des politiques publiques, leur mise en place, et leur adaptation au quotidien. Pour cela, l’article se penche sur l’élaboration des politiques publiques au Rwanda. Il prend l’exemple du secteur de la production d’électricité ces deux dernières décennies pour montrer les tensions et les limites de l’action publique dans le contexte de l’État développemental autoritaire rwandais. Cette analyse est ensuite mise en perspective à travers une comparaison avec le modèle de l’État développemental autoritaire tel qu’il a existé en Asie (Corée du Sud, Taiwan, Singapore). L’article conclut en soulignant les limites analytiques de la catégorie régime autoritaire pour penser les politiques publiques et questionne la stabilité du modèle autoritaire Rwandais.
Chemouni, B. (2019). Penser l’action publique en contexte autoritaire : Les politiques publiques dans le secteur de l’électricité au Rwanda. 15e Congrès de l’Association Française de Sciences Politiques (AFSP), Bordeaux. https://hdl.handle.net/2078.5/246431