La Première Guerre mondiale fait figure de période-pivot en matière d’espionnage et de renseignement. En l’espace de quatre ans, l’espionnage est devenu un phénomène social. La situation particulière des zones occupées confère aux civils une place importante dans ce domaine et brouille l’image traditionnelle de l’espion. En Belgique occupée, quelque 250 réseaux composés de civils voués au renseignement ferroviaire, à l’exfiltration de soldats et de volontaires ou encore à la distribution clandestine de courrier et de périodiques prohibés opèrent pour le compte des alliés. De son côté, l’occupant parvient à enrôler un certain nombre de Belges dans ses services de contre-espionnage. Si les premiers, aussi appelés “services patriotiques”, ont trouvé leurs historiens, ceux “d’en face”, les Belges au service du contre-espionnage allemand n’ont pas, jusqu’ici, suscité detravaux équivalents. À l’aide des très riches dossiers de la Cour militaire conservés aux AGR–dans l’immédiat après-guerre, la juridiction militaire est compétente pendant plusieurs mois pour juger les faits d’espionnage et de dénonciation à l’ennemi commis par des civils–, l’article propose de redécouvrir l’univers des espions belges engagés du côté de l’ennemi. Quel est leur modus operandi ? Qui sont-ils ? Forment-ils une population homogène ? Répondent-ils ou non aux stéréotypes(identité trouble du point de vue de la nationalité, repris de justice...) qui leur sont associés? L’analyse porte sur les principales caractéristiques du groupe formé par 62 prévenus,illustrée par quelques portraits et trajectoires d’espions. La dernière partie de la contribution adopte la perspective des juges militaires. On y voit comment cette justice d’exception et en particulier sa plus haute instance–la Cour militaire a sanctionné ces comportements nouveaux dans un contexte juridique encore flou et sous l a pression de l’opinion publique.
BOST, M., Rousseaux, X., & Horvat, S. (2014). Les espions civil au service de l’ennemi, au prisme de la justice militaire belge. L’autre versant de la guerre de l’ombre (1914-1920). Revue Belge d’Histoire Contemporaine, XLIV(2-3), 10-49. https://hdl.handle.net/2078.5/97084 (Original work published 2014)