(fr) Informée par les outils d’analyse proposés par la théorie littéraire, la philosophie et la psychanalyse ainsi que par des travaux relatifs à la géographie, l’architecture et l’urbanisme, cette étude s’attache aux objets et dispositifs caractéristiques de l’habitation (maison, immeuble, cabane, chambre, paroi, façade, fenêtre, plan, etc.) déployés par Jean Echenoz, Hélène Lenoir et Eugène Savitzkaya. Prenant acte du caractère double – parlant et habitant – du sujet de langage, ces trois auteurs réalisent une analyse très précise de l’espace domestique, de l’environnement urbain et de la possibilité du parcours. Cette écriture de l’habitation révèle, dans leurs œuvres respectives, plusieurs questions cardinales, d’ordre thématique (la famille, la métaphore picturale, la description du quotidien, etc.), formel (le point de vue, le ressassement, le discours intérieur, l’inscription matérielle de la phrase dans le sol urbain, etc.) et esthétique (la tension entre habiter et représenter, les enjeux contemporains du paradigme perspectif, la question de la vraisemblance, le rôle de la poésie dans l’espace public, etc.) L’étude de dispositifs architecturaux et géographiques dans les textes d’Echenoz, Lenoir et Savitzkaya met également en perspective des questions de théorie littéraire telles que la notion de réalisme ou la relation entre spatialité et énonciation, plus précisément entre l’habitation, la parole et l’écriture. Enfin, ce travail montre que ces trois esthétiques de l’habitation interrogent plusieurs discours contemporains (la mort de la ville, le pouvoir du regard, la crise de l’intime, la mondialisation, etc.) ainsi que trois dialectiques d’ordre spatial (visible et caché, intérieur et extérieur, proche et lointain).