Certains prédicats d’accomplissement manifestent un comportement variable par rapport à la résultativité. Ils peuvent avoir une lecture culminante, résultative, aussi bien qu’une lecture non culminante, non résultative. Cependant, comme le montrent les exemples (1a) et (1b), la lecture non culminante n’est possible que dans des phrases avec un sujet agentif (un agent humain, intentionnel), tandis qu’un sujet non agentif impose la lecture culminante (cf. par ex. Martin 2015). (1) a. Marie a incité Jean à la vengeance (mais en vain). b. La mort de son frère a incité Jean à la vengeance (#mais en vain). Observé dans de nombreuses langues typologiquement non liées (cf. e.a. Talmy 1991), ce contraste relève, selon nous, d’un principe narratif général qui oppose le point de vue prospectif, modal, d’un sujet intentionnel sur le but de son action avant ou pendant l’accomplissement de celle-ci à la perspective rétrospective du locuteur, qui a un regard aussi bien sur les intentions de l’agent que sur la totalité de l’événement. Le point de vue prospectif du sujet intentionnel est enchâssé sous le point de vue rétrospectif du locuteur, qui sait, au moment de l’énonciation, si l’état résultant visé est actualisé ou non. Lorsque le sujet est non intentionnel ou lorsque l’état résultant n’est pas visé par le sujet humain, le point de vue ne peut être attribué qu’au locuteur, qui constate un changement d’état, par exemple le sentiment de vengeance de Jean dans (1b), pour remonter ensuite rétrospectivement à sa cause. Ce principe général sera illustré par l’analyse des restrictions que la (non-)intentionnalité du sujet impose sur la construction et l’interprétation de trois structures syntaxiques dans trois langues différentes : (i) les prédicats à télicité variable en français ; (ii) les prédications résultatives à pseudo-objet en anglais et (iii) les prédicats imperfectifs secondaires à point de vue rétrospectif en russe.
Vogeleer, S., & et al. (2018). (Non-)culminativité des accomplissements et point de vue. In Milliaressi, Tatiana (ed.), La relation temps / aspect : approches typologiques et contrastives (p. p. 237-242). SeGes. https://hdl.handle.net/2078.5/226901