(fr) Le tabagisme est à l’origine de 14 % des décès dans le monde et reste le principal facteur de risque de décès chez les hommes et les femmes en Europe. Il est nécessaire de mettre en place des actions de prévention assez tôt, car c’est généralement à l’adolescence que l’on commence à fumer. L’interdiction de fumer dans les écoles fait partie des politiques de lutte contre le tabac qui ont été mises en œuvre en réponse à l’épidémie de tabagisme et qui ciblent principalement les jeunes. Elles visent à promouvoir un environnement scolaire sans tabac en réglementant la consommation de produits du tabac chez les jeunes et les membres du personnel. Toutefois, les preuves de leur efficacité à décourager les jeunes de commencer à fumer restent floues. Par ailleurs, le tabagisme n’est pas uniformément réparti entre les groupes socio-économiques. Précisément, les jeunes de milieux socio-économiques plus défavorisés commencent à fumer plus tôt et fument plus fréquemment que ceux de milieux plus favorisés. On ne sait pas si les politiques scolaires en matière de tabac contribuent à maintenir ces inégalités sociales de tabagisme, ce qui pourrait éventuellement conduire à des inégalités futures en matière de santé. Cette thèse évalue la mise en œuvre des politiques scolaires en matière de tabac et leur association avec le tabagisme chez les jeunes, tant au niveau individuel qu’au niveau du réseau social des jeunes. Elle s’interroge en outre sur la contribution de ces politiques aux inégalités sociales de tabagisme, en cherchant à savoir si elles sont mises en œuvre dans les écoles qui en ont le plus besoin. Enfin, au vu des conclusions et des recommandations précédentes, cette thèse propose un protocole d’étude pour un projet de recherche qui aura lieu en Belgique afin d’améliorer la mise en œuvre et l’efficacité des politiques scolaires en matière de tabac. Cette thèse est basée sur les projets SILNE et SILNE-R, pour lesquels des données ont été collectées en 2013 et 2016 dans 38 écoles de six villes de six pays européens (Namur en Belgique, Tampere en Finlande, Hanovre en Allemagne, Latina en Italie, Amersfoort aux Pays-Bas et Coimbra au Portugal). Au total, 18 502 jeunes de 14 à 16 ans et 438 membres du personnel ont participé à l’enquête. Les résultats apportent des preuves en faveur de politiques scolaires en matière de tabac plus solides et soulignent que leur mise en œuvre peut être grandement améliorée. Au niveau individuel, des politiques plus solides sont associées à une diminution du tabagisme dans l’enceinte de l’école. Au niveau du réseau social des jeunes, elles sont associées à un tabagisme moins présent, moins central et moins regroupé. Elles semblent toutefois avoir un impact limité sur le tabagisme en dehors de l’enceinte de l’école et contribueraient à accroître les inégalités sociales en matière de tabagisme. Cette thèse discute du rôle des écoles dans la prévention du tabagisme chez les jeunes, comment et pourquoi une mise en œuvre incohérente des politiques scolaires en matière de tabac empêche la dénormalisation du tabagisme chez les jeunes, et comment de telles politiques pourraient être mieux intégrées dans la routine de l’école. Les écoles devraient être soutenues dans l’adoption d’une politique scolaire en matière de tabac cohérente correspondant à leurs besoins et à leurs réalités, portée par tous les membres du personnel scolaire, où le tabagisme est considéré comme une question de santé et de bien-être plutôt qu’une question de discipline. Il est temps que les écoles jouent leur rôle dans la prévention du tabagisme chez les adolescents.
Mélard, N. (2023). Schools and smoking prevention : impact and implementation of school tobacco policies to prevent adolescent smoking and social inequalities in smoking. https://hdl.handle.net/2078.5/260637