Depuis plus de vingt ans, une multitude de travaux basés sur le Modèle du Contenu du Stéréotype (Fiske et al., 2002) mettent en lumière un manque d’empathie spontanée à l'égard des groupes stigmatisés, et notamment à l’égard des groupes stéréotypiquement perçus comme manquant à la fois de compétence et de chaleur et déshumanisés (Harris & Fiske, 2009, 2007, 2009, 2011 ; Cikara et al., 2011). Toutefois, Il
s’avère que les gens se révèlent capables de faire preuve d'empathie à l'égard de ces cibles lorsque cela est nécessaire. Nous avons émis l'hypothèse que cette divergence était due à une motivation moindre à éprouver de l'empathie pour les cibles stigmatisées, notamment en lien avec une perception de coûts cognitifs plus élevés. Dans une série de quatre études préenregistrées (N=719), nous avons testé cette hypothèse en comparant des groupes stigmatisés peu compétents et peu chaleureux à d'autres groupes du Modèle du Contenu du Stéréotype à l’aide de l’Empathy Selection Task (Cameron et al., 2019). Dans cette tâche, les participant·e·s sont confronté·e·s à une cible présentant une émotion, et doivent choisir entre deux actions : décrire physiquement cette cible (Décrire) ou faire preuve d’empathie afin de ressentir et relater les émotions ressenties par la cible (Ressentir). Nous avons également mesuré les coûts cognitifs perçus par les participants pour ces deux actions. Les résultats répliquent les travaux antérieurs montrant une préférence à éviter l'empathie de manière générale en raison des coûts cognitifs perçus qu’elle engendre. De façon surprenante, l'appartenance des cibles à un groupe n'a toutefois pas modéré ces effets. Nous proposons une série d'explications potentielles pour l'absence d'effets modérateurs liés à l'appartenance à un groupe et suggérons des pistes pour les travaux à venir.
Vanbeneden, A., Woltin, K.-A., & Yzerbyt, V. (2024). Est-on différemment motivé à éprouver de l’empathie à l’égard de cibles stigmatisées ? Investigation empirique sur base de l’Empathy Selection Task. CIPS2024 Congrès International de Psychologie Sociale, Brussels, Belgium. https://hdl.handle.net/2078.5/277103