Dans ce pays qui fait de l’histoire son présent et où l’adhésion à une « culture chrétienne » conservatrice constitue pour le gouvernement l’un des plus grands et plus fertiles terrains de ralliement de la population, le mot libéral a depuis longtemps remplacé celui de communiste au rang d’insulte politique suprême. Après l’entrée en scène du nouveau gouvernement Orbàn en 2010, tous les champs propices à l’expression d’un courant libéral se sont ainsi vus rasés un par un, au profit d’une politique guidée par la peur de la pensée qui n’est guère étrangère aux régimes autoritaires. Après tout, au-delà de tous les exemples possibles de la « vraie » histoire, le Big Brother d’Orwell et même la Dolores Ombrage de J.K. Rowling nous ont montré que l’ignorance est un instrument privilégié de tout gouvernement qui craint son peuple. Par le biais de l’éducation, on s’attaque ainsi en priorité à tout ce qui éveille et stimule, tout ce qui est « trop européen » et « trop peu hongrois », pour imposer en échange un programme strictement défini, sans latitude accordée aux enseignants par ailleurs désespérément sous-payés et démesurément sur-veillés.
Varga, R. (2021). Qui n’est pas avec nous… #FreeSZFE ou l’histoire d’une jeunesse face à la dictature culturelle hongroise. La Revue Nouvelle, N° 2(2), 11-14. https://doi.org/10.3917/rn.212.0011 (Original work published 2021)