Delphes a été, au IVe siècle, le théâtre d'une réforme monétaire complexe, l'épikatallagè, qui altéra les rapports entre les étalons éginétique et attique. Elle était de portée considérable: les nouveaux équilibres ont, en effet, modifié de manière irréversible les modalités des changes monétaires et les rapports entre métaux puisqu'elle constitue la première modification substantielle du ratio bronze-argent depuis la création de la monnaie. La frappe parallèle d'un monnayage amphictionique et son remplacement par le monnayage impérial d'Alexandre le Grand révèlent que cette audacieuse réforme n'a pu s'élaborer qu'à Delphes, avant de recevoir, à partir de Delphes, une application universelle, attestant ainsi très concrètement le rôle « international » indiscutable joué alors par l'Amphictionie. Les numismates, égarés par de mauvaises habitudes, peinent à en prendre toute la mesure ; les épigraphistes, désorientés, en perçoivent mal l'impact, au point de ne pas saisir dans toute leur complexité les opérations de caisse relatives aux fameuses couronnes d'or d'Olympias, à la fabrication desquelles l'Amphictionie avait consacré un « capital » de 190 dariques qui ne furent jamais fondus. Après que ces dariques revinrent en caisse, on procéda sous l'archonte Théon à une révision des comptes qui fut l'occasion d'y gommer des sommes qui avaient été indûment inscrites en recettes. Ce dossier particulièrement complexe, objet d'hypothèses contradictoires depuis près d'un siècle, ne trouve sa solution qu'à la seule condition de l'inscrire dans le contexte très particulier de l'épikatallagè.
Marchetti, P. (2011). Quelques aspects trop souvent négligés des comptes de Delphes : de l’amphictionique nouveau aux couronnes d’Olympias. Pallas : revue d’études antiques, 87, 133-150. https://hdl.handle.net/2078.5/44123 (Original work published 2011)