Le jésuite Maximilien Sandaeus , d’origine hollandaise mais actif en Allemagne, est notamment l’auteur d’un dictionnaire du vocabulaire mystique (Pro theologia mystica clavis, Cologne, 1640), qui vise à défendre les écrits des mystiques par une revendication de la légitimité de leur langage . Sandaeus tente de montrer que ce langage parfois surprenant, qui est un « langage de l’amour », est autorisé par toute une tradition chez les Pères de l’Église et dans la Bible elle-même, et que le contenu véhiculé reste parfaitement compatible avec la doctrine catholique et l’enseignement scolastique. Parmi les lemmes, on trouve des termes imagés (par exemple « caligo », « conglutinatio »…), des mots forgés par les mystiques (« egoitas »…) mais aussi toute une série d’expressions centrées sur des termes courants (« amor », « contemplatio », « Deus »…), dont Sandaeus explore toutes les expansions possibles, chez les mystiques et ailleurs : ainsi « amor » apparaît associé à plus de 100 adjectifs épithètes ou compléments du nom. C’est dans cette série que nous trouvons les deux notices « amor sui » et « amor proprius » (tandis que « philautia » n’apparaît pas parmi les lemmes). L’un des éléments les plus frappants de ces deux notices, et qui fera l’objet du présent article, est l’importance donnée à l’amour de soi « bien ordonné ». À travers une lecture détaillée des deux notices et des textes auxquels elles renvoient de façon explicite ou implicite, nous tenterons de comprendre les origines et les enjeux d’une telle position.
Smeesters, A. (2019). À partir de deux notices de Sandaeus : La doctrine scolastique de l’amour-propre ‘bien ordonné’. In Anne-Pascale Pouey-Mounou, Charles-Olivier Stiker-Métral (eds.) (ed.), La « Philautie » humaniste, héritage et postérité (p. p. 225-246). Garnier. https://hdl.handle.net/2078.5/225344