Permanences et altérations en contexte sociotechnique : comment les dispositifs numériques renouvellent la fabrique de la communication en contexte de campagne électorale ? Le cas des candidats à l’élection européenne

(2019) 15ème Congrés de l’Association Française de Sciences Politiques — Location: Sciences Po Bordeaux (2.July.2019)

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Cette proposition s’intéresse à l’usage des dispositifs numériques en campagne par le prisme du cas spécifique des élections européennes. L’originalité de la proposition tient non seulement au choix de l’élection étudiée, mais aussi au fait de s’intéresser à des candidats qui n’ont pas nécessairement, individuellement du moins, des équipes de communication numérique qui leur sont spécifiquement dédiées. La présentation propose d’interroger les spécificités du temps de campagne par rapport au temps du quotidien législatif européen puisque la recherche présentée est au long cours depuis 2010, qui suit l’usage des dispositifs numériques dans les multiples temporalités qui sont celles des professionnels politiques européens. Ainsi, l’approche longitudinale de la recherche permet d’appréhender l’évolution des usages du dispositif Twitter par les candidats à l’élection européenne en comparant la campagne de juin 2014 et la campagne de mai 2019. Ce faisant, elle interroge la construction discursive des candidats français en campagne (Roginsky & De Cock, 2015), en questionnant la relation que celle-ci cherche à construire avec les publics auxquels souhaitent s’adresser les candidats ; ce qui nous appelle à mobiliser la notion de « public imaginé » développé par Litt (2012). La recherche sur laquelle s’appuie cette proposition se situe dans un paradigme multidisciplinaire, entre science politique, sociologie et sciences de l’information et de la communication. Un tel ancrage théorique permet de discuter les limites d’une approche qui n’interroge pas la place prise par les dispositifs numériques dans une communication présentée comme « directe » (Vaccari et Valeriani, 2015). Or, le dispositif numérique n’est pas seulement intermédiaire mais également médiateur, comme le rappelle Van Dijck (2013) : il façonne l’activité sociale et ne se limite pas à la faciliter. Autrement dit, il définit largement ce qui est donné à voir aux usagers. En outre, si l’on s’arrête sur les dispositifs Facebook et Twitter, ceux-ci sont la propriété de grandes firmes américaines qui « en même temps qu’elles produisent de nouvelles outils (…) conçoivent également des stratégies symboliques d’accompagnement pour orienter, légitimer ou justifier les types d’usage les mieux à même de soutenir leurs objectifs commerciaux ou financiers » (Vedel, 1994). Ces éléments nous amènent donc à ne pas voir le numérique comme un simple outil de communication, mais à l’appréhender comme un dispositif, autrement dit un agencement d’éléments, que ce soit une combinaison d’objets techniques mais aussi de discours et de procédures. Ce qui appelle à intégrer l’action des acteurs humains et non humains (Star & Griesemer, 1989) dans l’activité de fabrication de la communication, et de fait, sur les traces de De Certeau (1990), à s’intéresser aux bricolages, aux arts de faire. Cette approche permet d’éviter de créditer les acteurs politiques « d’une obsession stratégique qu’il[s] n’[ont] pas forcément » (Le Bart, 1999, p.316). Le bricolage est en effet davantage de l’ordre de la tactique, entendue ici comme « l’art de faire des coups, le sens de l’occasion » (Flichy, 1997, p.259), que de la stratégie. Faire et faire savoir sont certes au cœur des activités de communication en contexte politique, accentuées en temps de campagne, mais elles ne font pas nécessairement l’objet de stratégies de communication précisément définies. A l’inverse, elles sont le plus souvent l’objet de bricolages, souvent opérés dans l’instant, relevant alors selon Le Bart (1999) plus de l’habitus que de la stratégie. Ces éléments nous amènent donc à favoriser une approche théorique interactionniste et compréhensive. L’approche proposée par Becker (1982), que nous souhaitons reproduire ici, se centre sur les relations interindividuelles et ses dimensions matérielles. Nous posons que le travail de communication mobilise ainsi des acteurs appelés à coopérer « selon un certain nombre de procédures conventionnelles » (Menger, dans Becker, 1982), parmi lesquels les journalistes. En ce sens, nous souhaitons interroger la relation entre professionnels politiques, ici candidats à l’élection européenne, et journalistes en montrant que des permanences dominent dans un contexte sociotechnique certes mouvant. Pour ce faire, notre recherche s’appuie tout à la fois sur l’analyse des productions discursives et picturales par les candidats sur le dispositif Twitter, avec une prise en compte moins systématique des productions déployées sur le dispositif Facebook, et des entretiens semi-directifs menés avec des professionnels politiques, mais aussi des journalistes. Des entretiens ont également été menés avec des acteurs mobilisés dans la fabrique de la communication politique autour des élections européennes, comme les fonctionnaires des institutions européennes et les salariés des agences de communication qui peuvent être sollicités dans le processus de fabrique de la communication et qui, dans tous les cas, participent à la diffusion des discours d’injonction sur les différents usages des dispositifs en contexte politique électoral.
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Roginsky, S. (2019). Permanences et altérations en contexte sociotechnique : comment les dispositifs numériques renouvellent la fabrique de la communication en contexte de campagne électorale ? Le cas des candidats à l’élection européenne. 15ème Congrés de l’Association Française de Sciences Politiques, Sciences Po Bordeaux. https://hdl.handle.net/2078.5/62352