Gestionnaire d’occupation temporaire, garde-fou des politiques publiques anti-squats? Étude ethnographique de la précarité des occupants bruxellois

(2023) Regards croisés sur les habitats précaires : perspectives internationales — Location: Paris (13.November.2023)

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L'occupation de bâtiments vides trouve ses racines dans une longue histoire de résistance, de contestation et de revendications. Les occupants revendiquent ainsi des enjeux politiques et sociaux, remettant en question les logiques dominantes de gestion urbaine et interrogeant le droit à la ville et le droit au logement (Aguilera et Bouillon, 2013). Au-delà des dénonciations politiques, les occupants défendent et incarnent également un mode de vie alternatif, basé sur un système organisationnel horizontal et dans lequel la dimension collective des membres de l’occupation entre eux est primordiale (ibid ; Mathieu, L·, Fillieule, O., & Péchu, C. 2020, Aguilera, 2011 ; Prieur, 2015). C’est « un moyen de lutter contre la spéculation immobilière et de créer des espaces de liberté » (Pattaroni, 2022, p76) et « une manière de participer à la fabrication de la ville » (Aguilera et Bouillon, 2013). Au début des années 2000, l'occupation temporaire et précaire conventionnée est devenue un cadre légal réglementant l'occupation des bâtiments vides en région bruxelloise. Étudiée comme un outil de normalisation de l’illégal (Aguilera, 2014), cette convention a changé les relations potentielles entre des occupants et leur propriétaire par l’entremise d’un l’intermédiaire : le gestionnaire d’occupation. Sur base d’une ethnographie de 18 mois effectuée dans une occupation temporaire conventionnée bruxelloise, la présente étude explore le rôle du gestionnaire d’occupation sur le potentiel contestataire des habitants d’une occupation temporaire, appelés ici les occupants. En effet, l’émergence de cette convention a transformé l’occupation bruxelloise. Dumont et Vivant (2016) questionnent la professionnalisation des collectifs de squatters qui se constituent en association pour répondre à des marchés publics lancés par des propriétaires de bâtiments vides. Certaines de ces occupations bruxelloises conventionnées se dissocient ainsi des contestations initiales du mouvement squat et perdent leur potentiel transgressif et de résistance par rapport aux pratiques ordinaires de l'urbanisme (Vivant, 2022). Désolidarisées du mouvement squat, ces occupations ont fait leur apparition en réponse à la demande émergente des propriétaires qui ne perçoivent plus l’occupation exclusivement comme une menace, mais comme une opportunité (Addison, 2017). Addison (2017) et Pinard (2016) mettent également au jour les motivations des propriétaires à travailler avec un gestionnaire d’occupation. Ces études démontrent ainsi que la relation occupant/propriétaire s’est transformée et qu’elle participe à l’érosion du mouvement squat. Néanmoins, le rôle du gestionnaire d’occupation ainsi que la relation de pouvoir qu’il entretient avec ses occupants ne sont pas soulevés dans la littérature. Pourtant, le gestionnaire régit le fonctionnement de l'occupation. Il se place donc comme dominant dans sa relation avec ses occupants, notamment car celui-ci les sélectionne, les place dans l’espace de l’occupation, définit les canaux de communication et les règles du lieu. L’organisation de l’occupation, régie par le gestionnaire, configure ainsi les interactions entre les occupants. Cette étude ethnographique se situe dans l’approche de la communication constitutive des organisations. Elle se concentre sur l’organizing de l’occupation (Basque & al 2022, Cooren 2010). Elle propose que l’agentivité du gestionnaire d'occupation sur ses occupants érode leur potentiel de résistance et les expose à de nouvelles formes de précarité. Les données proviennent de 18 mois de participation et d’observations dans une occupation temporaire conventionnée située à Bruxelles. Celles-ci sont constituées des photographies et des notes de terrain ainsi qu’une dizaine d’entretiens menés avec les occupants et ont été collectées et analysées de manière inductive. Les résultats préliminaires démontrent que le rôle dominant du gestionnaire d’occupation mène les occupants à des situations précaires qui n’existent pas dans les occupations sans gestionnaire. En effet, l’organisation du lieu ne permet pas de « créer des espaces de liberté » inhérents au mouvement squat et restreint ainsi les occupants dans leur usage du lieu, et de ses ressources (Piraud et Pattaroni, 2022, p76). Plusieurs récits issus de l’ethnographie illustrent comment l’organisation du lieu mène les occupants à des situations précaires, telles qu’être exposé à des cambriolages. L’étude démontre ainsi que l’agentivité du gestionnaire d'occupation sur ses occupants érode ainsi leur potentiel contestataire et, dans une perspective plus large, participe ainsi à éroder le mouvement squat bruxellois en lui-même. Dans le prolongement des travaux de Thomas Aguilera (2014), cette étude propose que le rôle dominant du gestionnaire d’occupation agit comme un garde-fou des régulations anti-squats.
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Citations

de Briey, O. (2023). Gestionnaire d’occupation temporaire, garde-fou des politiques publiques anti-squats? Étude ethnographique de la précarité des occupants bruxellois. Regards croisés sur les habitats précaires : perspectives internationales, Paris.