Histoire de la version arabe de Grégoire de Nazianze : édition critique des Orationes 27 et 38, étude de la tradition manuscrite et identification des divers états de texte
Cette thèse a pour objet l'histoire de la version arabe de Grégoire de Nazianze, auteur grec byzantin de Cappadoce (mort en 390). Les oeuvres de ce Père de l'Église, appelé le Théologien ont été traduites dès la fin du IVe s. en latin et en arménien, un siècle plus tard en syriaque, puis dans les principales langues orientales (copte, arabe, géorgien, éthiopien, slavon). Les études et éditions concernant la version arabe n'avaient pas encore abouti à une description précise du processus de traduction ; les noms de certains traducteurs ont été avancés, une datation approximative du Xe s. et une origine antiochienne melkite ont été proposées sans preuves. Notre étude reprend donc l'ensemble des informations disponibles et confronte les données codicologiques, textuelles et linguistiques, afin de retracer l'histoire de cette version. Les textes choisis comme base de la recherche sont deux discours que tout oppose en arabe : l'oratio ou discours 38 (plus grand nombre de manuscrits, plusieurs versions et recensions, témoins les plus anciens) et l'oratio ou discours 27 (témoin unique, manuscrit tardif du XVIIIe s.). La méthode consiste à partir des textes (Or. 38 et 27), à les éditer, à en déterminer les différents états et à caractériser ceux-ci afin de définir des types de texte. Le classement des manuscrits arabes et l'étude des variantes arabes et grecques apportent certains résultats quant à l'histoire de la version arabe (le type de texte grec qui a servi de modèle à la version, puis à la révision, le mode de diffusion des discours en arabe, etc.). Étant donné que le comportement des manuscrits quant aux différentes recensions varie d'un discours à l'autre, ce ne sont plus seulement les manuscrits qui doivent être classés, mais aussi les différents types de texte. La première partie est donc consacrée à l'édition des deux orationes: présentation, étude linguistique et édition des discours 27 et 38. L'édition du discours 38 est présentée de façon synoptique, mettant en vis-à-vis les deux recensions de la version principale (ar. 1' et sa révision ar. 1). La deuxième partie s'attache à l'histoire du texte : critères externes du type de diffusion en grec, en arabe et dans les autres versions (collections ou discours isolés dans un recueil homilético-hagiographique), critères internes textuels pour l'Or. 38 (étude des variantes, rapport de révision entre ar. 1 et ar. 1', comparaisons avec les variantes grecques et orientales) et pour les discours arabes édités ou en cours d'édition (classement des manuscrits et comparaison avec les variantes grecques et orientales). En appliquant les résultats obtenus pour l'Or. 38 aux autres discours, on obtient l'ébauche d'une première histoire de la version arabe basée sur ces critères, mais qui demande à être vérifiée du point-de-vue linguistique (style, lexique, niveau de langue et procédés de traduction). La troisième partie examine le texte arabe lui-même et le processus de traduction ; une typologie de la traduction est donnée pour les divers états de texte de l'Or. 38, pour l'Or. 27 et pour les autres discours déjà édités (Or. 1, 21, 24, 40, 44 et 45) ou en cours d'édition (Or. 3, 11, 39 et 42). Enfin, le style, les techniques de traduction et le lexique des trois traducteurs cités à propos de Grégoire de Nazianze (Antûniyûs, Ibrâhîm le Protospathaire et Abdallah Ibn al-Fadl) ont été confrontés à ceux des états de texte définis pour cette version, afin de déterminer le rôle éventuel de chacun d'eux. Cette démarche en trois étapes aboutit à une histoire précise de la version arabe qui concilie l'ensemble des données 1) traduction isolée de l'un ou l'autre discours ; 2) traduction par Antûniyûs des discours à usage liturgique sur un modèle grec de type N-X (collection de XVI complétée) ; 3) révision de cette version et traduction de discours supplémentaires par Ibrâhîm sur la base d'un texte grec de type M, constitution d'une première collection partielle ; 4) constitution de la collection complète de 30 pièces reprenant la révision d'Ibrâhîm, les discours d'Antûniyûs non révisés et d'autres pièces, avec une uniformisation superficielle de la collection grâce à une révision interne à l'arabe (syntaxique et morphologique principalement). L'oratio 27 à témoin unique tardif est probablement un texte ancien (traduit par Antûniyûs?), abandonné par la suite jusqu'à la constitution de la collection syrienne J, avec une révision interne à l'arabe, de type classicisante, partiellement sur texte grec (peut-être sur l'édition Aldine). L'histoire de la version arabe ainsi définie aura des conséquences sur les prochaines éditions critiques pour lesquelles on pourra désormais éviter les textes hybrides et choisir l'état de texte à éditer après avoir déterminé quel type de texte se trouve dans quels manuscrits.
Affiliations
UCLouvainFLTR/GLOR - Département d'études grecques, latines et orientales
Citations
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Tuerlinckx, L. (2007). Histoire de la version arabe de Grégoire de Nazianze : édition critique des Orationes 27 et 38, étude de la tradition manuscrite et identification des divers états de texte. https://hdl.handle.net/2078.5/75400