Des finalités pédagogiques aux finalités politiques : les learning outcomes comme outils de mesure de la qualité

(2014) Les sciences sociales européennes face à la globalisation de l’éducation et de la formation : vers un nouveau cadre réflexif et critique ? — Location: Université de Picardie Jules Verne (Amiens) (17.November.2014)

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L’Agence d’évaluation de la qualité de l’enseignement supérieur (AEQES) belge francophone a été créée par décret en 2002 pour être ensuite réformée en 2008 (Fallon 2012) afin de s’aligner sur certaines exigences des Standards and Guidelines for Quality Assurance in the European Higher Education Area (ESG). Nous avons montré lors du colloque Leurres de la qualité dans l’enseignement supérieur ?, qui s’est tenu à l’Université de Liège en 2012, que l’une des exigences de l’European Association for Quality Assurance (ENQA) était la publication des rapports d’évaluation spécifiques aux établissements. Cette exigence conditionne la reconnaissance des agences nationales d’évaluation par l’ENQA et leur inscription au sein de l’European Quality Assurance Register (EQAR). Or, le décret de 2002 avait explicitement posé comme balise la confidentialité de ces rapports afin d’éviter toute forme de comparaison et de hiérarchisation des établissements d’enseignement supérieur belges francophones déjà soumis à une forte concurrence en matière de financement. Mais la réforme de 2008 a fait sauter cette balise afin d’obtenir la reconnaissance de l’ENQA (Souto Lopez 2012). Une autre exigence explicitée dans ESG est la reformulation des programmes d’enseignement supérieur en termes de learning outcomes. Au cours de l’année académique 2014-2015, tous les établissements d’enseignement supérieur seront soumis à l’obligation légale de reformuler leurs programmes en termes de learning outcomes. Cette obligation légale est le résultat de la transposition de différents instruments européens en Belgique francophone : le Cadre francophone des certifications (issu du Cadre européen des certifications) et le Cadre des certifications de l’enseignement supérieur (issu des descripteurs de Dublin). D’autre part, en mai 2012, l’AEQES a publié un nouveau référentiel d’évaluation qui sera appliqué également durant l’année académique 2014-2015 et qui fait des learning outcomes un outil de mesure de la qualité des programmes d’enseignement supérieur. Ce référentiel fait par ailleurs explicitement référence au Cadre européen des certifications, aux descripteurs de Dublin et aux ESG, ce qui suggère des liens étroits entre ces différents instruments. À partir d’une recherche doctorale (Souto Lopez en cours), et en complément avec une autre communication plus générale sur l’introduction des learning outcomes dans l’enseignement universitaire belge francophone proposée au présent colloque, ce papier cherchera à montrer plus spécifiquement en quoi certains critères d’évaluation du nouveau référentiel reflètent les pratiques pédagogiques défendues par les pédagogue : adéquation entre les learning outcomes préalablement annoncés, les méthodes d’enseignement et les méthodes d’évaluation des étudiants, renforcement de la cohérence des programmes, moyens mis en œuvre pour favoriser la réussite des étudiants, etc. Nous verrons que si ces pratiques pédagogiques visent, à l’échelle de l’enseignement supérieur belge francophone, la poursuite de finalités strictement pédagogiques (réussite des étudiants, amélioration de l’enseignement, démocratisation des études), elles permettent également de poursuivre, à l’échelle européenne, des finalités strictement politiques via les différents instruments sur lesquels s’appuie le nouveau référentiel (mobilité des étudiants, des enseignants-chercheurs et des travailleurs à travers la transparence et la comparabilité des systèmes d’enseignement supérieur, la transférabilité des qualifications, etc.) et qui veulent faire de l’enseignement supérieur un instrument de développement de l’économie de la connaissance en Europe. En se basant sur les mêmes pratiques, ces finalités pédagogiques et politiques ne s’opposent pas. Les premières deviennent un moyen de réalisation des secondes en s’y « greffant ». Cette « greffe » n’est possible que parce qu’il y a compatibilité entre pratiques et discours pédagogique d’une part, et finalités politiques d’autre part. De cette manière, s’opère une migration des objets (Charlier & Croché 2013) nourrissant le « dispositif européen d’enseignement supérieur » (Croché 2010).
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Citations

Souto Lopez, M. (2014). Des finalités pédagogiques aux finalités politiques : les learning outcomes comme outils de mesure de la qualité. Les sciences sociales européennes face à la globalisation de l’éducation et de la formation : vers un nouveau cadre réflexif et critique ?, Université de Picardie Jules Verne (Amiens). https://hdl.handle.net/2078.5/194642