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Auwers_Jean_Marie_Procopii_2.pdf
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Details

Authors
Supervisors
Coulie, Bernard
Abstract
Au 6e s., une nouvelle forme d'interprétation de la Bible est apparue dans l'Eglise grecque de Palestine: les chaînes exégétiques. Il s'agit d'éditions des livres de la Bible où le texte sacré est accompagné d'un commentaire fait de citations juxtaposées, empruntées aux exégètes des premiers siècles. Peu à peu, cette nouvelle forme d'interprétation s'est diffusée dans tout le monde byzantin, et au-delà. Elle s'est révélée d'une fécondité remarquable puisqu'elle est attestée à l'heure actuelle par plusieurs centaines de manuscrits grecs, et qu'elle est restée jusqu'à la fin de l'empire byzantin et même plus tard, dans l'Italie du 16e s. et dans les monastères du Mont-Athos. S'agissant du Cantique des Cantiques, on connaît plusieurs chaînes différentes, dont quatre sont apparentées: l'Epitomé de Procope de Gaza, la chaîne de Polychronios le diacre, la chaîne dite d'Eusèbe, et la catena Barberiniana. Le titre même de l'Epitomé de Procope indique que cette oeuvre est l'abrégé (épitomé) d'une chaîne plus ancienne, aujourd'hui perdue; la chaîne d'Eusèbe a puisé au même fonds, tandis que la chaîne de Polychronios et la catena Barberiniana sont presque entièrement extraites de l'Epitomé. L'Epitomé de Procope est de loin la chaîne la plus volumineuse et la plus riche: le texte biblique y est divisé en 123 unités ("lemmes"), que commentent un nombre variable de scholies exégétiques: entre 1 et 15. Au total, on y trouve 386 citations (appelées "scholies"), tirées des dix auteurs suivants (mentionnés selon la fréquence décroissante de leur présence dans la chaîne): Grégoire de Nysse, Nil d'Ancyre, Origène, Cyrille d'Alexandrie, Philon de Carpasia, Apollinaire de Laodicée, Théodoret de Cyr, Didyme l'Aveugle, "Théophile" (que nous proposons d'identifier au patriarche d'Alexandrie) et Isidore de Péluse; quelques scholies sont en outre attribuées explicitement à Procope lui-même. Les scholies de Grégoire sont extraites de ses Homélies sur le Cantique; celles de Nil et de Philon, de leurs Commentaires sur le Cantique respectifs, qui sont transmis par ailleurs. Les scholies attribuées à Origène proviennent de son grand Commentaire sur le Cantique, dont seuls les trois premiers livres, qui correspondent aux deux premiers chapitres du Cantique (jusque Ct 2,15), ont été traduits par Rufin. L'Epitomé se trouve donc être le meilleur témoin des exégèses de l'Alexandrin pour la plus grande partie du Cantique. Quant aux interprétations attribuées à Cyrille et à Apollinaire, elles ne sont pas transmises en-dehors de l'Épitomé. La scholie attribuée à Didyme et le texte cité sous le nom de Théophile (d'Alexandrie plutôt que d'Antioche) sont également inconnus par ailleurs. L'intérêt documentaire de l'Epitomé de Procope est donc incontestable. Mis à part Origène ( 254) et Procope ( vers 530), ces auteurs ont tous vécu à la fin du 4e s. ou au début du siècle suivant. La tradition d'interprétation alexandrine a été largement privilégiée: avec 90 scholies environ, Grégoire de Nysse fournit le fonds de la chaîne, du moins jusqu'en Ct 6,9, où s'arrêtent ses Homélies sur le Cantique. L'auteur de la chaîne (appelé "caténiste") a voulu confronter ses interprétations avec celles d'autres exégètes de la même sensibilité exégétique. La dissertation comporte deux parties. La première, intitulée Procopii Gazaei Epitome in Canticum canticorum, fournit une nouvelle édition de l'Epitomé de Procope, destinée à remplacer l'editio princeps procurée par A. Mai en 1837 d'après un manuscrit très corrompu du 16e s., où les scholies patristiques sont très souvent non attribuées ou mal attribuées. L'ensemble de la tradition manuscrite a été inventorié pour la nouvelle édition. Les dix-sept manuscrits (dont le plus ancien date du 12e s. et le plus récent du 18e s.) ont été répartis en trois familles, qui diffèrent tant par le nombre que par l'ordre des scholies. La famille P, attestée par le plus ancien manuscrit (Parisinus graecus 153, 12e s.) et sa copie du 17e s., présente une recension abrégée de l'Epitomé (371 scholies). On a pu montrer que c'était la famille la plus anciennement attestée qui abrégeait la chaîne, et non les manuscrits les plus récents qui l'avaient allongée. On a également pu établir que l'ordre des scholies dans la famille P était secondaire: c'est le fait d'un scribe qui a cherché à imposer un classement logique. Huit manuscrits ont pu négligés pour l'édition, car ils sont des copies de manuscrits existants. On a pu montrer que cinq d'entre eux ont été réalisés en Vénétie autour de 1550, par des copistes connus ayant l'habitude de travailler ensemble. Ce regain d'intérêt pour les chaînes exégétiques est contemporain du Concile de Trente, qui n'y est peut-être pas étranger. L'Introduction étudie de près un manuscrit palimpseste: le Barberinianus graecus 388 (13e s.). Elle établit qu'il contient, après un prologue non attesté par ailleurs en grec et tiré d'Origène, une sélection de scholies de l'Epitomé, dont certaines ont été récrites. Il s'agit d'une chaîne dérivée: la catena Barberiniana. On a découvert un témoin jusqu'ici inconnu de ce texte: le Parisinus graecus 3087, copié par Emeric Bigot au 17e siècle sur le Barberinianus. Les pièces qui sont propres à la catena Barberiniana ou qui s'y présentent dans une recension particulière ont toutes été éditées pour elles-mêmes. Enfin, l'Introduction cherche à expliciter les principes d'édition et poser ainsi les fondements d'un discours de la méthode en matière d'édition des chaînes exégétiques: il ne s'agit pas ici d'établir le meilleur texte possible des auteurs qui sont cités, mais bien d'éditer des scholies, c'est-à-dire des textes de seconde main. Il arrive souvent que les manuscrits caténaux transmettent un texte moins satisfaisant que la tradition directe, voire un texte incompréhensible. L'éditeur est alors tenté de recourir à la tradition directe ou à d'autres branches de la tradition indirecte pour corriger le texte des scholies. On essaie de préciser dans quels cas et dans quelles limites ce recours est légitime. La deuxième partie de la dissertation est intitulée L'interprétation du Cantique des Cantiques à travers les chaînes exégétiques grecques (voir ce titre).
Affiliations

Citations

Auwers, J.-M. (2007). Procopii Gazaei Epitome in Canticum canticorum. https://hdl.handle.net/2078.5/198184