Ces dernières décennies, la problématique de la gouvernance publique a suscité un intérêt croissant. Dans un contexte où la décentralisation des compétences est perçue comme une manière de catalyser les dynamiques locales, l'action publique implique une plus grande diversité d'acteurs, aussi bien publics que privés, dans les processus de décision et de gestion. De nouvelles formes de coordination voient le jour. Sous quelles formes organisationnelles se concrétisent-elles ? Comment les caractériser ? En quoi se distinguent-elles d'une coordination par le marché ? La question de la forme de l'organisation a été posée de façon extensive dans le cadre de la firme. De nombreux travaux analysent plus particulièrement la propriété de l'organisation. Nous étendons cette approche aux organisations dont la structure de propriété formelle est composée d'une pluralité de parties prenantes, que nous qualifions d'organisations multi-stakeholder. Nous situons clairement notre analyse dans une perspective néo-institutionnaliste. Quelle est la forme organisationnelle que doit prendre ce partenariat dans la propriété pour que chaque partie prenante puisse exploiter les avantages comparés, afin d'atteindre des objectifs collectifs tout en poursuivant ses intérêts individuels ? Nous approfondissons cette question dans le cas des organisations fournissant des services (quasi)collectifs de développement local. En effet, ces services possèdent des caractéristiques qui mettent en échec le mécanisme du marché et plaident pour une intervention publique. Or, les organisations publiques éprouvent également des difficultés à fournir ces services, notamment lorsqu'il s'agit de révéler des demandes hétérogènes localement. Les organisations privées non lucratives ont, a priori, une plus grande capacité de révéler ces demandes locales et d'y répondre de façon innovante et adaptée de par leur plus grande insertion dans les réseaux sociaux locaux et leur capacité à mobiliser des ressources volontaires. Mais l'offre privée non lucrative de services (quasi)collectifs, basée uniquement sur ces ressources volontaires est généralement sous-optimale. Le partenariat entre organisations publiques et associatives, impliquant également d'autres parties prenantes comme les habitants, les travailleurs ou les entreprises privées, pourrait dès lors permettre d'atteindre un niveau optimal de production de ces services. Dans cette perspective, nous présentons, tout d'abord, notre modèle analytique de la propriété multi-stakeholder dans le cas d'organisations non lucratives en nous appuyant sur les théories néo-institutionnalistes et sur les théories des organisations nonprofit. Partant des travaux sur l'allocation des droits de propriété, nous discutons la notion de propriété dans le cas d'organisations partenariales et non lucratives. Nous élargissons l'analyse à d'autres parties prenantes que les actionnaires, d'où l'utilisation du terme stakeholder plutôt que shareholder. Nous considérons également les modes de financement de ces organisations afin d'avoir une vision plus fine des liens entre la propriété des organisations et les modes de financement. Nous identifions ensuite les caractéristiques des services de développement local qui sont source de coûts de transaction sur le marché. Nous voyons en quoi l'intégration d'une pluralité de parties prenantes pourrait réduire ces coûts, tout en considérant l'augmentation des coûts de propriété qui en découle. Enfin, nous analysons les avantages et les limites du partenariat et examinons si ceux-ci se différencient selon les types de propriété. Ces différences sont source d'enjeux multiples à prendre en compte lors de la conception de politiques publiques qui visent à encourager les partenariats locaux. Nous confrontons ce modèle analytique à une étude empirique détaillée des structures de propriété et de financement d'une trentaine d'organisations partenariales actives dans le champ du développement local à Charleroi (Belgique). Nous nous sommes appuyés sur des techniques d'analyse statistique exploratoire, en particulier l'analyse factorielle des correspondances multiples, l'analyse factorielle en composantes principales et une méthode de classification hiérarchique. Ces techniques ont été mobilisées afin d'élaborer des typologies des organisations multi-stakeholder.
Petrella, F. (2003). Une analyse néo-institutionnaliste des structures de propriété « multi-stakeholder » : une application aux organisations de développement local. https://hdl.handle.net/2078.5/187212